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"En guerre avec la France"
Le journal du parti de Gbagbo accuse la France de soutenir militairement la rébellion. Et incite les Ivoiriens à la résistance. NOTRE VOIE La Côte‑d'Ivoire vient d'être attaquée par l'armée française. Les traîtres. Tels des lâches, ils ont détruit nos avions bombardiers et nos hélicos au sol à Yamoussoukro [capitale administrative] et à Abidjan. Ils ont attaqué à l'arme lourde la Maison des hôtes, à Yamoussoukro, et tué plusieurs civils. Toujours à Yamoussoukro, ils ont tiré sur une foule de personnes aux mains nues en plein centre‑ville. Au moment même où les rebelles avaient pratiquement capitulé à Bouna, Vavoua, Séguéla, Korhogo, Bouaké, les Français ont frappé par‑derrière. Tels des lâches. A Abidjan, après avoir détruit nos bombardiers, les soldats français ont pris possession de l'aéroport international Félix‑Houphouët‑Boigny. Les gendarmes commandos ivoiriens ont abdiqué facilement face aux armes lourdes des Français. En ces lieux, les soldats français n'ont pas hésité à tirer sur de très jeunes patriotes aux mains nues. Au moins cinq morts et plusieurs blessés. Les militaires français, plus décidés que jamais à assassiner les Ivoiriens, n'ont pas hésité à prendre en otages les ponts Général‑de‑Gaulle et Houphouët‑Boigny. Postés sur les immeubles alentour, ils ont mitraillé toute la nuit les patriotes se rendant à l'aéroport pour protester contre son occupation par les soldats français. On déplore sur ces ponts plusieurs blessés graves et même des morts. Certains jeunes marcheurs n'ont pas hésité à se jeter dans la lagune... Pourquoi un tel acharnement des Français à tuer les Ivoiriens, dont l'armée ne cherchait qu'à libérer le pays, occupé par des assaillants depuis plus de deux ans ? La réponse est connue de tous. C'est la France qui a attaqué la Côte‑d'Ivoire le 19 septembre 2002. Les rebelles ne sont que des pantins aux ordres de Chirac. D'ailleurs, le ministre de la Défense français, Michèle Alliot‑Marie, l'a dit très clairement : "Le président Chirac a demandé aux soldats français de détruire tous les avions et hélicos de combat." Ce qu'elle a omis de dire, c'est que le président français a, par la même occasion, demandé à ses soldats de tirer en cas de mouvement de foule. La répression a été sanglante. Et les soldats de la cinquième puissance militaire mondiale n'ont pas hésité à tirer sur de très jeunes enfants aux mains nues qui ne faisaient que manifester leur colère face à cette trahison de la France, ce pays où l'on parle de démocratie et de droits de l'homme à longueur de journée. Ce pays qui ne peut boucler son budget sans les richesses de la Côte‑d'Ivoire. Ce pays qui paupérise les populations ivoiriennes et dont les ressortissants vivent dans une opulence insultante au bord de la lagune Ebrié. Concussion, traîtrise, cupidité, ingratitude sont les maîtres mots qui, parmi tant d'autres, siéent bien à cette France chiraquienne. Cette France‑là vient de trahir la Côte‑d'Ivoire, d'assassiner des Ivoiriens aux mains nues et de tuer à tout jamais une amitié multiséculaire dont elle tire le maximum de profits. Cette France‑là vient de remettre la Côte‑d'Ivoire entre les mains des agresseurs qu'elle a commis pour détruire, violer, voler, assassiner. Oui, c'est certain, la débandade des rebelles a subitement pris fin. Grâce à Chirac. Il ne pouvait en être autrement. En effet, la Côte‑d'Ivoire n'a plus d'aéroport, elle n'a pas non plus d'avions et d'hélicos de combat. Cette France chiraquienne qui tue les enfants pour imposer sa loi à un pays indépendant depuis plus de quarante ans doit se dire que tout n'est pas fini. Il y a l'équation, la plus importante à notre sens, à laquelle Chirac, sûr de son fait, n'a pas pensé. Cette équation, c'est le peuple de Côte‑d'Ivoire. Ce peuple qui aime son président et l'a élu démocratiquement à sa tête. La France va‑t‑elle tuer ces millions d'hommes, d'enfants et de femmes prêts à mourir pour celui qu'ils ont élu ? C'est cela l'équation fondamentale. Parce que ce peuple de Côte‑d'Ivoire, solidaire de son président, engagé à fond pour éviter une recolonisation, ce peuple qui a marché toute une nuit pour défendre les valeurs auxquelles il croit, n'est pas prêt à céder devant la France et ses assassins. Franck Dally © Courrier International, droits réservés. |