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Quand Gbagbo cherche à séduire l'Oncle Sam
Après avoir longtemps été un fidèle allié des socialistes français, le président Gbagbo s'est jeté dans les bras des évangéliques américains. Et joue la carte de Washington. Les détracteurs du président ivoirien lui reprochent sa duplicité. Peut‑être devraient‑ils parler de schizophrénie. C'est que Laurent Gbagbo opère des mues. Ainsi Laurent le francophile devient‑il progressivement Gbagbo l'américaniste. L'ancien petit séminariste de Saint‑Dominique‑Savio, à Gagnoa, ne se sépare plus de son pasteur pentecôtiste personnel, Moïse Koné, de l'église Schekina. Sa gestion de la chose politique est empreinte de la même religiosité que les WASP américains. Le titulaire d'un doctorat de troisième cycle de la faculté d'histoire de Paris‑VII a préféré inscrire ses enfants dans les universités américaines. Le gauchiste exilé à Paris fait aujourd'hui les yeux doux au libéralisme made in USA. D'ailleurs, Laurent Gbagbo choisit désormais de s'adresser aux Américains plutôt qu'aux Français. Il y a quelques jours, il indiquait au Washington Post: "Jacques Chirac n'a jamais accepté que je sois devenu président." C'est l'esprit galvanisé par un American dream encore tout frais que Laurent Gbagbo s'est offert cette année une visite des Etats‑Unis. Le 7 juin dernier, il foulait le tarmac de l'aéroport international Dulles de Washington DC... Comment juger alors la concomitance de la confirmation par les urnes du pouvoir belliqueux de George Bush et de la reprise des hostilités en Côte‑d'Ivoire ? Le 3 novembre au soir, John Kerry s'inclinait devant le cow‑boy républicain. Quelques heures plus tard, la "cavalerie" de Gabgbo survolait le laboratoire diplomatique de la zone de confiance française et violait le cessez‑le‑feu. Bouaké‑Falloujah, même combat ? Pour l'heure, les autorités ivoiriennes font un appel du pied aux Etats‑Unis, que Laurent Kokora, envoyé spécial du président ivoirien à Washington, qualifiait vendredi de "phare de la liberté". Le président ivoirien n'a plus qu'à remercier la communauté africaine d'avoir choisi Thabo Mbeki pour le nouveau round de médiation. Il pourra réviser son anglais. Mais il ne devrait pas se nourrir d'illusions. A ses compatriotes agglutinés à l'ambassade de Côte‑d'Ivoire à Washington, le touriste Gbagbo rappelait, en juin, le caractère strictement privé de sa visite aux Etats‑Unis. Et, la semaine dernière, la Maison‑Blanche s'alignait derrière l'Elysée pour admonester le président ivoirien. Le porte‑parole de la présidence américaine Scott McClellan condamnait "fermement les attaques aériennes commises par les militaires ivoiriens", rappelant qu'un humanitaire américain y avait trouvé la mort. Mister Gbagbo va‑t‑il maintenant devenir le tsar Gbagbov pour être en grâce auprès du Kremlin ? Emest Diasso, Journal du jeudi, Ougadougou © Courrier International, droits réservés. |