Une nouvelle résolution présentée par la France devait être adoptée hier
L'ONU renforce l'embargo sur les armes


LE FIGARO
Paris


New York : de notre correspondant Jean-Louis Turlin
[29 janvier 2005]

Le Conseil de sécurité des Nations unies devait adopter hier à l'unanimité une nouvelle résolution présentée par la France sur la Côte d'Ivoire pour renforcer l'application de l'embargo sur les armes, effectif, mais non vérifié, depuis le 15 novembre dernier. La précédente résolution (1572) de novembre avait mis en place le mécanisme en instituant un comité des sanctions. On passe cette fois à la mise en oeuvre avec un comité d'experts qui pourra faire appel à du personnel civil spécialisé dans les méthodes de contrôle et d'inspection.

C'est ainsi que le nouveau texte autorise l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) «et les forces françaises qui la soutiennent» à surveiller l'application de cet embargo, y compris «en inspectant, sans préavis, les cargaisons des avions et de tout véhicule de transport utilisant les ports, aéroports, champs d'aviation, bases militaires et postes frontières de la Côte d'Ivoire». L'Onuci, qui pourra recourir à des brigades volantes d'inspecteurs, sera habilitée à «saisir toute arme ou tout matériel apparenté, qui serait introduit en Côte d'Ivoire en violation» de l'embargo. Les forces françaises sont autorisées à «fournir à l'Onuci une protection dans l'accomplissement de ces tâches».

Pour faciliter la surveillance, et c'est un fait nouveau dans une résolution onusienne de ce type, les deux parties (le gouvernement et les «Forces nouvelles») ainsi que les «troupes paramilitaires ou milices qui en dépendent» ont quarante-cinq jours pour dresser «la liste complète de leurs armements de toute sorte» et en indiquer la localisation. L'ONU ne se contente plus de montrer les dents : elle passe aux actes pour mieux faire passer son message.

Celui-ci est clair : il ne peut y avoir de solution à la crise que politique et toute tentation militaire, de l'une ou l'autre des parties, est à bannir. Le texte élaboré par la France «répond au souhait de l'Union africaine qui voulait un renforcement de l'embargo», explique l'ambassadeur français à l'ONU, Jean-Marc de La Sablière.

L'acte suivant, à définir, concerne les conséquences des éventuelles violations. Il n'est pas question de mesures de rétorsion sur le champ, mais de notification du Conseil de sécurité de tout obstacle rencontré dans l'accomplissement des tâches d'inspection, «de sorte que le Conseil puisse envisager toute mesure appropriée contre toute personne ou groupe de personnes qui s'y opposerait».

Ces mesures individuelles sont déjà évoquées dans la résolution 1572 qui, en complément de l'embargo immédiat sur les armes, en fixait le principe contre des personnalités ivoiriennes considérées comme responsables du blocage du processus de paix (défini par les accords de Lisnas-Marcoussis et d'Accra), de violations des droits de l'homme ou d'incitations à la haine dans les médias. Elles ne sont pas encore entrées en vigueur pour ne pas gêner les pourparlers menés par le président sud-africain, Thabo Mbeki. Mais la rumeur autour de listes de personnes visées a été suffisante pour au moins calmer les ardeurs médiatiques incendiaires.


 

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