|
Gbagbo renforcé par l'Union africaine
LA CROIX (11/01/2005)
Paris
Le président ivoirien obtient un report des
sanctions onusiennes et l’organisation d’un référendum controversé
Laurent Gbagbo a marqué des points à Libreville. Lundi 10 janvier, après
avoir entendu le rapport du président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur
dans la crise ivoirienne, et Laurent Gbagbo lui-même, le Conseil de paix
et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, réunissant une quinzaine de
chefs d’État, a admis la possibilité d’un référendum sur la réforme de la
Constitution ivoirienne et demandé un report des sanctions onusiennes.
Le recours au référendum pour modifier l’article 35, portant sur les
conditions d’éligibilité à la présidence, est «une des options» auxquelles
le président Gbagbo pourrait avoir recours «si cette consultation est
organisée dans le respect de l’esprit de Marcoussis et d’Accra».
L’«esprit» des accords de paix conclus en janvier 2003 et juillet 2004
entre toutes les forces politiques ivoiriennes voudrait que le Front
populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo appelle à voter «oui» à cette
consultation. Toutefois, interrogé par ses pairs sur ses intentions, il
aurait refusé de prendre le moindre engagement en ce sens.
Le sommet redonne des cartes à Gbagbo
«Avant ce sommet, M. Gbagbo n’avait pas d’autre possibilité que
d’appliquer l’accord de Marcoussis. L’UA a ouvert d’autres voies à M.
Gbagbo qui ne cherchait que ça», a déploré Sidiki Konaté, porte-parole des
Forces nouvelles (FN, rébellion).
Prévoyant notamment qu’un candidat à la présidentielle doit être «né de
père et de mère ivoiriens d’origine» et «ne s’être jamais prévalu d’une
autre nationalité», l’article 35 monopolise de longue date le débat
politique en Côte d’Ivoire. Il a déjà fait l’objet d’un référendum en
juillet 2000, adopté avec le soutien de tous les partis politiques, y
compris le Rassemblement des Républicains d’Alassane Ouattara. Mais ce
dernier, taxé de «nationalité douteuse», a finalement vu invalidée sa
candidature à la présidentielle de la même année. Et il en serait de même
à l’élection prévue en octobre 2005 si le fameux article 35 ne retrouvait
pas sa rédaction d’origine – «né de père ou de mère ivoirien d’origine».
Cet «abîme conjonctionnel» est l’objet d’une épreuve de force entre
Laurent Gbagbo et les partis d’opposition, coalisés avec les FN. Ces
dernières refusent d’entamer le désarmement de leurs forces tant que cette
mesure clé n’est pas définitivement adoptée. Et Laurent Gbagbo, en
exigeant un référendum qu’il sait difficilement organisable et
probablement rejeté d’avance par la population, joue le pourrissement de
la situation.
En affirmant récemment qu’il comptait rester en poste si la présidentielle
ne pouvait avoir lieu, le président ivoirien a abattu ses cartes. La CPS
lui a accordé une bouffée d’air supplémentaire en demandant lundi 10
janvier un nouveau report des sanctions prévues par la résolution 1572 de
l’ONU, visant les personnalités faisant obstacle au processus de paix ou
responsables de violations des droits de l’homme.
Thabo Mbeki, dont la mission de médiation, censée être brève, avait
justifié un premier report de ces sanctions, semble donc parti pour un
long chemin ivoirien. Mardi 11 janvier, il s’est rendu dans la capitale
Yamoussoukro pour assister à un conseil des ministres désuni, en l’absence
des ministres FN.
Laurent d’ERSU
Sommaire
©
La Croix, droits
réservés.
|