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Haro sur les bases françaises!
Pour Le Pays, principal quotidien burkinabé, la présence de troupes
française est un anachronisme que les populations africaines ne peuvent
plus accepter.
"Armée française, allez‑vous‑en de chez nous !" C'est ce
que chantait le reggaeman ivoirien Alpha Blondy dans l'un de ses albums.,
A sa suite, le guide libyen, Muammar Kadhafi, n'a pas mis de gants pour
dire que l'armée française a eu tort d'intervenir en Côte‑d'Ivoire. Pour
l'avoir fait, ajoute‑t‑il, la France risque de mettre à mal ses relations
avec l'Afrique. Faut‑il, oui ou non, que la France garde toujours des
bases dans quelques‑unes de ses ex‑colonies, plus de quarante ans après
les indépendances octroyées ou conquises ? Là‑dessus, les avis sur le
continent divergent.
D'un côté, il y a ceux qui ne trouvent pas d'inconvénients à cette
présence, dans la mesure où elle est consécutive à la signature d'accords
de défense. Et, tant que les‑dits accords n'ont pas été dénoncés, il est
vain, illogique et incompréhensible de critiquer la France sur ce plan. De
l'autre côté, il y a ceux qui sont hostiles à la présence militaire
française en Afrique. Pour ce camp, les fameux accords de défense n'ont
plus de raison d'être et doivent être révisés, ou purement et simplement
dénoncés. C'est un anachronisme et une atteinte à la souveraineté des
anciennes colonies que de continuer à abriter des bases militaires
françaises. En se retranchant derrière les accords et les bases, les pays
africains qui hébergent ces bases militaires affichent tout simplement
leur incapacité à assurer leur propre défense. De tous les pays qui ont eu
des colonies, la France est la seule ancienne puissance à entretenir une
telle présence militaire. Et cette présence a davantage profité aux
dirigeants qu'aux peuples, par des interventions dans les affaires
intérieures de ces pays, soit pour dégommer un président qui n'avait plus
les faveurs de la France, soit pour en installer un autre qui soit à sa
dévotion. La présence militaire française en Afrique apparaît ni plus ni
moins qu'un avatar de la colonisation, un anachronisme et une atteinte à
la souveraineté de pays censés être indépendants. Les présidents ayant
signé des accords en ce sens avec la France sont aujourd'hui perçus comme
n'ayant pas rendu un service à leur pays. En revanche, ceux qui ont refusé
de les signer ou demandé et obtenu le démantèlement des bases françaises,
comme feu le président Maurice Yaméogo de la Haute‑Volta d'antan [l'actuel
Burkina Faso], sont qualifiés de visionnaires. Il y a peut‑être lieu
aujourd'hui, pour les pays africains, de privilégier la coopération
militaire entre Etats souverains, au lieu de confier la défense de leur
intégrité territoriale à un autre, fût‑il une puissance mondiale. La
formation des armées africaines par les instructeurs militaires du Nord
suffit largement. Mais la France est-elle prête à quitter ce mirador
ivoirien, qui lui permet d'observer son pré carré ?
Le Pays, Ouagadougou
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