|
La Côte-d'Ivoire en un combat douteux
LE MONDE DIPLOMATIQUE En bombardant, jeudi 4 novembre, les positions des « Forces nouvelles » à Bouaké, l’aviation ivoirienne a brusquement rompu la trêve en vigueur depuis mars 2003. Accident ou acte délibéré, ces tirs ont provoqué la mort de 9 soldats français de l’opération Licorne qui, sous mandat des Nations unies, sécurisent la « zone de confiance » entre les parties au conflit déclenché en septembre 2002. La riposte ordonnée par le chef de l’Etat français Jacques Chirac a provoqué la destruction des 7 appareils d’attaque aérienne des Forces nationales de Côte d’Ivoire (Fanci). De violentes émeutes anti-françaises ont éclaté, notamment à Abidjan, menaçant les 15 000 ressortissants français (dont 8 000 double-nationaux). Selon le Comité international de la Croix rouge, au moins trente Ivoiriens auraient été tués et plusieurs centaines blessés. Le siège de plusieurs partis politiques d’opposition, ainsi que de plusieurs journaux réputés « pro-rebelles » ont par ailleurs été saccagés dans la capitale économique. Cette brusque dégradation de la situation illustre la fragilité du processus de paix en Côte d’Ivoire. Les accords de Marcoussis (janvier 2003) n’ont jamais été vraiment acceptés par M. Gbagbo qui y voit un diktat de Paris et un contournement de la Constitution ivoirienne. Deux accords ultérieurs (mars et juillet 2003), signés à Accra (Ghana) avec le soutien de l’Union africaine, de la Communauté des d’Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et des Nations unies, avaient imposé un partage du pouvoir entre les acteurs politiques (gouvernement d’union et premier ministre accepté par le Nord), le désarmement des forces rebelles et des milices, ainsi qu’une réforme du code foncier et du code de la nationalité. Il s’agissait d’adoucir la clause « d’ivoirité » qui écarte du scrutin des candidats d’opposition, tel M. Alassane Ouatara, et réduit les prérogatives des étrangers. Alors que le désarmement avait été à peine entamé, le pouvoir à Abidjan a mis à profit la période de trêve pour reconstituer les Fanci, en achetant du matériel en Europe de l’Est, et en recourant au service de mercenaires. La déstabilisation
de la Côte d’Ivoire a des causes profondes : La situation est d’autant plus délicate que, plus le temps passe, plus les rancœurs s’accumulent dans le pays et risquent de laisser des traces profondes dans la population. Après de violentes exactions, comment reconstruire l’unité nationale ? Certains craignent même une dégénérescence « à la rwandaise ». Point positif : la mobilisation constante de l’Union africaine qui tente « d’africaniser », avec le soutien des Nations unies, la solution forcément politique à cette crise qui déstabilise l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. C’est notamment une médiation africaine qui avait obtenu le premier cessez-le-feu (17 octobre 2002). Anne-Cécile
Robert © Monde-diplomatique.fr, droits réservés. |