Barthélemy Boganda Président-Fondateur de la République Centrafricaine
Barthélemy Boganda, un héros méconnu
Il y a quatre vingt quinze ans, jour
pour jour, naissait Barthélemy Boganda, président fondateur de la
République Centrafricaine. Cette date habituellement passe incognito sur
l'ensemble du territoire national. Le Confident publie un reportage
réalisé par l'Agence Centrafrique Presse
Le lundi 4 avril 2005, 95ème anniversaire de la naissance de Barthélemy
Boganda, sera sans nul doute un jour ordinaire à Boganda, village de 3000
habitants créé de toutes pièces en 1961 par le préfet Bémolinda dans cette
zone marécageuse de la savane lobayenne où mourut le 29 mars 1959 dans un
crash d'avion le fondateur et premier président de la République
centrafricaine.
Et pour cause. Avec la célébration, une semaine plus tôt, du 29 mars, une
commémoration du 4 avril aurait été de trop pour les frêles épaules de la
municipalité de Boganda qui éprouve déjà d'énormes difficultés à
satisfaire les besoins élémentaires de ses administrés, lesquels besoins
se confondent avec les cinq célèbres verbes ayant sous-tendu l'action
politique de l'illustre disparu.
Les pèlerins du 29 mars 2005 ont pu ainsi apprendre à leurs dépens que
deux des pompes qui ravitaillent l'ouest du village en eau potable étaient
hors d'usage, contraignant les ménages concernés à se tourner vers les
marigots environnants pour leur toilette ou leur consommation.
Ce grave désagrément est venu allonger la liste des préoccupations des «
Bogandiens », en général, et en particulier de M. Denis Mokambo, chef de
groupe et chef du quartier Ndengui, à proximité des huit sites abritant
les épaves du Nord-Atlas.
Marié et père de huit enfants, Denis Mokambo (50 ans) est devenu chef de
groupe à l'issue d'une élection organisée suite au décès de son père,
Germain Pendéré, qui consentit à quitter les bords de la Ndengui (cours
d'eau situé à 3 km) avec ses administrés afin de se joindre aux habitants
d'autres villages tels que Gbabanga et Bokpayanga et former ainsi ce qui
allait devenir en 1994 le chef-lieu de la sous-préfecture de Boganda, à
247 km à l'ouest de Bangui.
Chargé de veiller à l'entretien des 8 sites, avec le soutien de 12 autres
chefs de quartier et d'un gardien d'épave recruté par la mairie, Denis
Mokambo s'acquitte de cette mission dans la mesure de ses moyens et du
temps que laissent à lui-même et à ses administrés la culture du café et
la recherche du diamant qui sont les deux principales activités de la
région.
L'entretien consiste à désherber les abords des sites, à balayer les
plateformes en béton sur lesquelles reposent les débris d'avion et à
détruire à l'aide de quelque bâton les murs de fortune construits par les
termites sur les poutres faîtières des hangars.
Bien que sommaire, cette toilette permet aux épaves du Nord-Atlas d'être
présentables à l'approche de chaque 29 mars.
Elle ne leur épargne pas cependant l'affront de servir de nid pour les
abeilles en mal de ruche ou de marchepied permettant à certains sportifs
en rêve du village d'inscrire au charbon sur les charpentes des hangars
les noms de leurs idoles telles que Magic Johnson, Dalin ou Alino.
Sous l'effet des graffitis et du temps, deux de ces hangars construits au
début des années 1980 par la volonté du président David Dacko ont fini par
s'effondrer, livrant leurs précieuses épaves aux intempéries.
46 ans après la disparition de Barthélemy Boganda, l'état poussiéreux de
ces épaves traduits l'amnésie qui commence à frapper les esprits au sujet
du père de la nation centrafricaine.
Pour Sallé Khamis, élève en première année du Cours élémentaire (CE1) à
l'école de Yawa (7 km à l'ouest de Boganda), le nom du fondateur de la
République Centrafricaine n'évoque rien de plus que le tombeau qui se
trouve au « village du député ».
Selon M. Maurice Saragba, maître de conférence à l'université de Bangui,
il n'y a pas que ces enfants à ignorer l'oeuvre de Barthélemy Boganda. «
Moi, j'ai des contacts avec des adultes, des étudiants qui sont en licence
ou en maîtrise, mais qui ignorent complètement Boganda et parfois les
informations qu'ils donnent sont lacunaires », révèle-t-il, expliquant que
c'est parce qu'il n'y a pas d'ouvrage qui puisse édifier les élèves et les
étudiants sur ce personnage de grande carrure ». Pour lui, ce travail
revient au ministère de l'Education nationale, mais plus encore aux
intellectuels, qui doivent « tout mettre en oeuvre pour que des ouvrages
puissent sortir sur Boganda et que dans les classes, depuis le Cours
d'initiation (CI) jusqu'en terminale, on puisse connaître Boganda ».
Pour ce faire, les intellectuels devraient peut-être laisser le 29 mars et
ses fastes aux politiques et se saisir du 4 avril et de l'enfance du père
de la nation pour mieux expliquer aux enfants centrafricains que Boganda
fut un enfant comme un autre avant de devenir le génie politique,
aujourd'hui unanimement reconnu et célébré.
Source Ndouba/ACAP
Publié par Le Confident du 5 avril 2005
www.leconfident.net
© Sozowala.com, droits réservés.