Barthélemy Boganda
BOGANDA, LE VISIONNAIRE
par Tarcissus Kpenglouvo
A son époque, Barthélemy Boganda avançait des thèses. Tellement futuristes que certains de ces congénères lui attribuaient le cliché d'utopiste. C'est bien à partir de certaines utopies que se fonde la réalité. L'industrialisation de l'accident a été utopie qui a d'abord germé dans l'esprit de quelques chercheurs. Jules Verne pourtant écrivain serait déjà à un appareil qui voulait voler dans le ciel. Aujourd'hui nous avons l'avion, que nous nous amusions sur les bancs de l'école à décortiquer en ‘'appareil volant imitant l'oiseau naturel''
Barthélemy Boganda fut l'une des figures émergentes en Afrique. Il semble aujourd'hui tombé dans les oubliettes, par la faute de certains historiens qui traduisent les faits et les gestes des sociétés passées à leur manière. Mais il n'en demeure pas moins que Boganda était et demeure une figure emblématique non seulement pour la République Centrafricaine dont il est le président fondateur, pour l'Afrique Équatoriale française (AEF), dont il fut le président du grand conseil mais aussi pour l'Afrique toute entière. Quand on parle de panafricanisme, on évoque des figures comme Kwame N'krumah, Julius Nyéréré, Patrice Emery Lumumba et parfois on passe Boganda sous silence.
L'illustre homme n'avait certainement pas de rapport avec les Dubois, Garvey, Padmore, mais il était un panafricaniste convaincu qui a voulu transcender les frontières et briser les égoïsmes et les chauvinismes nationaux pour voir l'Afrique constituer un grand ensemble à l'instar des Etats-Unis d'Amérique.
Ce rêve de Boganda s'était concrétisé par la proposition qu'il a faite de la constitution des Etats-Unis d'Afrique Latine. Cet ensemble devait rassembler les pays francophones, lusophones et hispanophones. Il n'a pas réussi certes, mais ce n'est pas faute d'avoir osé. Cette vision de Boganda s'est heurtée à une vue plus étriquée des dirigeants de l'époque qui craignaient de voir leur pays être noyé dans un grand ensemble.
Boganda a disparu précocement laissant l'œuvre de son combat inachevé, mais il nous a légué un drapeau dont on trouve les couleurs dans tous les autres drapeau de la sous région. Il disait d'ailleurs lui-même ‘'Malheur à l'homme seul ‘'Mais à l'impossible Boganda n'était pas tenu, mais il reste néanmoins un visionnaire lorsqu'en mai 1963, à Addis Abeba, naissait l'organisation de l'unité Africaine.
Visionnaire, quand Barthélemy Boganda avait créé son parti le Mouvement de l'Évolution Sociale de l'Afrique Noire (MESAN), ce parti avait une ambition africaniste. Boganda voulait faire les contre-pieds des partis traditionnels qui était le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) dont Félix Houphouët Boigny était la figure de proue mais surtout la devise du MESAN, qui traduit la vision futuriste de l'homme d'Etat. Les cinq verbes : Loger, Nourrir, vêtir, Soigner, Instruire. Renferment à eux seuls tout un projet de société et un programme de gouvernement. Ils se résument en une lutte contre la pauvreté, dont les institutions internationales font en ce moment leur cheval de bataille. Barthélemy Boganda, en son temps, savait que l'accomplissement de ces cinq verbes du MESAN élevait le niveau des populations. Est-ce par hasard que maintenant, on parle de lutte contre la pauvreté et des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ? Quand on analyse bien ces concepts, on retrouve la vision que Barthélemy Boganda avait du développement humain durable. C'est pourtant près de quarante ans après le décès tragique de Barthélemy Boganda que l'histoire lui donne raison. Mais ces aspects de la pensée profonde de l'homme sont souvent occultes. A quel dessein ?
Un homme peut mourir, mais les idées demeurent à jamais sinon pourquoi aller chercher à philosopher autour des idées des grands penseurs de l'humanité tels que Démosthène, Socrate, Platon, Diogène, Descartes et j'en passe. Les deux exemples choisis parmi tant d'autres dans la vision politique et sociale de Barthélemy Boganda, démontrent à suffisance que l'homme était un véritable visionnaire
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Tarcissus Kpenglouvo
Vendredi 31 Mars 2006
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