Indonésie - La xénophobie plus forte que l'humanitaire ?

 

La semaine dernière, une grande station de radio de Jakarta invitait ses auditeurs à commenter la décision de l'armée de limiter les mouvements des membres de l'aide internationale et du personnel militaire étranger présents dans la province d'Atjeh. La plupart des auditeurs non seulement condamnaient cette décision, mais s'interrogeaient aussi sur ses véritables motifs. Ces commentaires montrent que l'armée, qui a été pendant des décennies un instrument d'oppression, fait encore l'objet d'une grande suspicion. "Il ne faut pas être paranoïaque vis‑à‑vis des étrangers. lis viennent très sincèrement aider les gens à Atjeh ", a déclaré un auditeur de la capitale.

Le général Endriartono Sutarto, le chef de l'armée, a bien fait d'affirmer vouloir assurer la sécurité des quelque 2 000 civils étrangers actuellement en mission humanitaire dans la province dévastée. En tant qu'hôte, l'Indonésie est responsable de leur sécurité et de leur protection. Aussi restrictif que cela puisse paraître, il est raisonnable d'exiger que les volontaires étrangers soient escortés par les militaires indonésiens lors de leurs déplacements hors de Banda Atjeh [le chef‑lieu de la province]. Car la guerre se poursuit [entre l'armée et la guérilla séparatiste]. Beaucoup d'humanitaires n'ont apparemment pas conscience des risques.

Dans le même temps, le gouvernement a annoncé que la présence étrangère ne durerait pas plus de trois mois. Or, comme le montre l'émission de radio évoquée ci‑dessus, beaucoup doutent que ces mesures restrictives ne visent qu'à protéger les étrangers. Les généraux ont reconnu qu'ils ne disposaient pas de ressources suffisantes pour mener à bien la reconstruction et qu'ils avaient donc besoin de l'aide étrangère. Alors, pourquoi le général Endriartono Sutarto a‑t‑il pris une décision aussi controversée ?

Malgré les réactions des auditeurs lors de l'émission, il apparaît, à la lecture des médias locaux, que la xénophobie grandit dans le pays, du moins dans certains secteurs de la société. Nous acceptons l'aide des étrangers, mais dans le même temps nous nous méfions d'eux et n'éprouvons aucune reconnaissance à leur égard. Quand on voit les reportages télévisés, il est évident que la population d'Atjeh les a bien accueillis, y compris les soldats américains. Ce sont ceux qui vivent loin de ces victimes reconnaissantes qui remettent en question la présence de ces étrangers que les sinistrés considèrent comme des sauveurs. Ce genre d'attitude prouve que beaucoup d'entre nous n'ont aucune compassion pour nos frères et soeurs d'Atjeh. C'était déjà le cas quand ils étaient opprimés par le gouvernement, et cela continue aujourd'hui alors qu'ils luttent pour survivre au milieu de cette horrible calamité. Nous espérons vraiment que les déclarations négatives, la xénophobie et le manque de reconnaissance affiché par certains membres de la société ne décourageront pas ces bons samaritains. Le pays a besoin de leur aide et leur est sincèrement reconnaissant.

The Jakarta Post, Jakarta

 

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