Sri Lanka - Silence, les victimes, les experts travaillent !

 

Une logique d'exclusion est à l'oeuvre dans les opérations humanitaires menées au Sri Lanka. Et ce sont les victimes directes de la catastrophe qui en souffrent le plus. Les responsables gouvernementaux, qui ont d'ores et déjà finalisé les projets de reconstruction à long terme des villes et villages touchés n'ont ni le temps, ni le désir intellectuel de consulter les victimes. Pour eux, les personnes affectées ne sont pas des statistiques et leurs opinions ne constituent pas des avis politiques utiles. Après tout, les experts savent ce dont les gens ont vraiment besoin. Cette approche fait des communautés concernées des témoins passifs d'un processus qui pourrait fort bien dégénérer à long terme en désastre social. Un processus techno‑bureaucratique, imposé à partir du sommet par l'Etat centralisé et les bailleurs de fonds internationaux, ne pourra certainement pas transformer la vie des victimes de façon durable et positive. Autre erreur grave : l'exclusion des autorités et des spécialistes locaux. Cela est étroitement lié à l'entreprise mondiale d'aide humanitaire. Une légion de nouvelles ONG internationales s'est greffée sur les réseaux d'aide locaux. Il est étonnant de voir travailler de très jeunes experts et consultants étrangers. Bien souvent, à peine débar­qués à l'aéroport, ils filent dans les régions pour entreprendre rapidement leurs évaluations des besoins dans des communautés qu'ils ne connaissent absolument pas. Ni les donateurs, ni les ONG internationales qui effectuent ces évaluations ne font appel aux experts locaux. Aucune aide n'est demandée aux sociologues de nos universités, sauf au téléphone ou dans le cadre de brèves interviews. Le gouvernement, apparemment, a choisi d'exercer sa mission de reconstruction en partant du principe qu'il s'agit essentiellement d'une affaire de reconstruction de villes, de routes, de marchés, de fronts de mer et autres infrastructures. Dans un processus viable, il faudrait accorder la priorité à la reconstruction des vies, des moyens de subsistance et des communautés. Construire des bâtiments, le monde en développement en a fait la douloureuse expérience il y a quelques décennies, ne suffit pas à édifier une nation. Notre histoire regorge de projets de développement avortés, un passé que nous n'avons aucune raison d'ignorer si nous ne voulons pas en répéter les fautes.

Jayadeva Uyangoda, Daily Mirror, Colombo

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