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SOS pour les ONG
Assassinats, enlèvements, menaces : les ONG sont souvent prises pour cible. Une conséquence de la "militarisation" de l'aide humanitaire. L'ESPRESSO Rome Dorénavant, plus personne n'est à l'abri, pas même ceux qui, par nationalité ou idéologie, se sont opposés à la guerre en Irak... Mais l'Irak n'est pas le seul pays à s'être transformé en enfer pour les dizaines d'organisations non gouvernementales (ONG) qui tentent d'alléger les souffrances des populations civiles. En Afghanistan et au Pakistan, la situation n'est pas plus brillante. Ailleurs aussi, construire des puits et faire parvenir des médicaments est une activité à haut risque, y compris dans des pays comme la Tchétchénie, la Somalie, l'Erythrée ou la Colombie. C'est d'ailleurs sous le titre "Bons, mais kidnappés" que l'hebdomadaire Vita ("Vie", véritable référence pour le monde du bénévolat italien) évoquait les coopérants ‑ Sud‑Coréens, Japonais, Canadiens, Palestiniens et Australiens ‑ enlevés en Irak. Tous ont été rendus à la liberté, excepté un Palestinien kidnappé le 9 avril 2004, Nabil George Razuk, 30 ans, dont on est sans nouvelles depuis cette date et dont le seul "tort" était peut‑être de travailler pour une ONG américaine. Après l'enlèvement des deux bénévoles d'Un Ponte per..., Simona Pari et Simona Torretta, cet automne, un grand nombre d'ONG étrangères ont quitté l'Irak; les ONG italiennes qui ont choisi de rester n'ont laissé sur place que du personnel local et dirigent les opérations depuis les pays limitrophes. Si l'Irak est actuellement au centre de l'attention, l'Afghanistan est tout aussi dangereux. Depuis une embuscade ‑ le 2 juin dernier ‑ qui a coûté la vie à cinq représentants de Médecins sans frontières (MSF), deux Afghans et trois Européens, MSF a retiré son personnel et sus‑pendu tous ses projets en Afghanistan. Déjà, avant l'intervention des Etats‑Unis, les talibans avaient fermé une dizaine d'associations. En octobre 2003, des tracts des talibans annonçaient que "les femmes afghanes qui travaillent pour les ONG étrangères seraient punies de mort". "Nous sommes en Afghanistan depuis Les années 1980, et nous avons travaillé sous tous les régimes ; c'est pour cette raison que la population nous a toujours considérés comme étant neutres. Mais' aujourd'hui, tout a changé" explique Stefano Savi, directeur général de MSF Italie. Le Pentagone a commencé à exploiter très sérieusement les potentialités stratégiques d'une "militarisation des aides humanitaires". L'alternance des larguages de bombes et de nourriture ainsi que le fait que des soldats circulent dans les mêmes 4 x 4 blancs que ceux des humanitaires perturbent la population, qui n'arrive plus à faire la différence. Pierluigi Pugliaro, directeur général d'INTERSOS, évoque lui aussi cette confusion entre les missions militaires "hurnanitaires" et les activités des ONG "Cela fait plusieurs mois que nous dénonçons la dangerosité de cette confusion, mais personne ne nous écoute." Il affirme qu'en Bosnie cela se passait différemment, car l'ONU est plus attentive à ne pas mélanger les armes et les médicaments. Sergio Marelli, président de l'Association des ONG italiennes (dont sont membres plus de 160 ONG), reconnaît que les risques ont augmenté dans le monde entier car les organisations sont beaucoup plus nombreuses, tout comme les zones de conflit : "Aujourd'hui, un climat de danger règne également dans des pays comme l’Indonésie [ces propos ont été tenus avant le tsunami du 26 décembre], la Somalie, la Colombie, le Soudan ou le Congo." Au Liberia, en mars 2003, trois Américains membres d'une ONG protestante ont été tués. En Erythrée, en août 2003, deux employés locaux du Mercy Corps, une ONG américano‑européenne, sont tombés dans une embuscade. En Somalie, un vétérinaire kényan qui collaborait avec les Italiens de Terra Nuova a été tué en janvier 1999. En Tchétchénie, l'année dernière, trois militants de la Société d'amitié russo‑tchétchène ont perdu la vie dans des conditions mystérieuses. Et, en 2002, MSF fut contrainte de suspendre ses activités en Tchétchénie et en Ingouchie après l'enlèvement au Daghestan de son chef de mission, Man Erkel (libéré en avril 2004, après 607 jours de captivité). Enfin, en Colombie, depuis 2002, la guérilla et les paramilitaires ont assassiné neuf volontaires qui travaillaient pour des ONG locales. "Le problème, c'est que les aides humanitaires sont de moins en moins indépendantes des pouvoirs et des pays ; ce qui prédomine, aujourd'hui, c'est un manichéisme du type 'vous êtes avec nous ou contre nous"'. observe Frédéric Joli, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge. Qui n'est pas une ONG, mais qui n'est pas non plus le "bras d'un quelconque pouvoir". Francesco Bonazzi, Giacomo Leso © Courrier International, droits réservés. |