La tâche ingrate des associations irakiennes

 

Jamal AI‑Jawahiri travaille pour l'association Iraqi AI‑Amal. Cette ONG fournit une aide d'urgence, essentiellement dans le domaine de la santé et du traitement des eaux, et un soutien au développement d'associations liées à la société civile. En activité depuis 1996, Iraqi AI‑Amal est l'une des plus anciennes ONG d'Irak. Avant la chute de Saddam Hussein, l'organisation de Jawahiri agissait à partir de la Syrie et du Kurdistan. Pour Jawahiri, lui‑même originaire de Nadjaf, le paysage de la société civile au sud de Nadjaf est morne, mais il reste gérable. "Beaucoup d'ONG internationales sont arrivées après la guerre, et nombre d'irakiens qui avaient travaillé avec elles ont formé leurs propres associations, qui sont plus en phase avec les besoins et les aspirations de la population. D'autres, bien sûr, avaient d'autres motivations. Le pays voit affluer beaucoup d'argent. En fait, la loi offre des‑allégements fiscaux aux ONG. Par conséquent, plusieurs entreprises en ont créé pour des questions d'ordre commercial. Et beaucoup ont été mises en place pour servir de tremplin Politique."

Jawahiri explique que les ONG irakiennes se heurtent au problème de la perception du public. Depuis le début de l'occupation, les troupes étrangères, les Nations unies, les ONG locales et internationales font toutes dans l'aide humanitaire, si bien que les Irakiens sont nombreux à ne pas faire la différence entre les ONG internationales et les troupes étrangères. "il y a un autre problème : beaucoup de prétendues ONG servent de paravent à divers groupes religieux, d'où une certaine confusion entre aide humanitaire et charité musulmane." Du fait de leur fragmentation, de leur inexpérience et de leur manque de stratégie et de ressources, les ONG irakiennes dépendent totalement des bailleurs de fonds. "Ce sont les donateurs qui imposent leur ordre du jour. Ils arrivent en Irak et disent : 'C'est ça la priorité.' Mais il n'y a aucune vision homogène, unifiée de la société civile. Actuellement, les ONG irakiennes sont des prestataires de services."

"Les principaux donateurs, explique Abd AI-Hadi, sont des organisations chrétiennes. Bien sûr, il y a l'ONU ; le Programme des Nations unies pour le développement a bien tenté de mettre en oeuvre certains projets, mais à une échelle très limitée. L'Iran donne de l'argent. Les islamistes sont très riches et les membres des ONG irakiennes parlent souvent du financement islamique de leurs groupes. Aujourd'hui, le financement est essentiellement américain et islamique. Nous, nous avons pour but de renforcer le secteur laïc."

Jawahiri rêve de la 'création d'un réseau d'organisations de la société civile dans tout le pays". L'édification de cette communauté d'ONG locales est encore compliquée par les Vestiges d'autoritarisme chez certains membres de la hiérarchie des associations. "Quelques ONG irakiennes se dotent d'organismes de coordination qui ont la mentalité de l'ancien régime. Ce qui les intéresse, ce n'est pas tant la coordination que le contrôle."

L'Etat irakien, encore fragile, est sensible à la question du contrôle. A Charm El-Cheikh, Washington semble avoir réitéré sa volonté de faire de l'Irak un exemple de démocratie pour l'ensemble de la région. Or une société civile forte est indissociable de la démocratie, mais l'administration du pays par les Etats‑Unis n'a en rien facilité la vie des ONG locales. Quand Bremer était encore aux commandes de l'Autorité, il a instauré une loi sur les associations qui n'est pas sans rappeler les pratiques fort peu démocratiques des alliés de l'Amérique dans la région.

Jim Quilty, The Delly Star, Beyrouth

Sommaire

 © Courrier International, droits réservés.