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COLLOQUE
EGLISES ET IMMIGRATION
Présence africaine et valeurs
républicaines :
Apport des Groupes et Eglises Issus de l’Immigration ?
Paris, 11 et 12 Mars 2006
LES « LAICITES AFRICAINES » FACE AU DEFI DE L’INTEGRATION
par
M. Clotaire SAULET–SURUNGBA Militant associatif
Président de « ADAAC », « EDUCAVENIR » et « Coordination pour Action Humanitaire en Centrafrique »
Militant associatif
Professeur de Sciences Physiques au lycée Alfred KASTLER de CERGY (95)
« Pourquoi tes habits
sont-ils rouges Et tes vêtements comme les vêtements de celui qui foule au
pressoir ? J’ai été seul à fouler à la cuvée, Et nul homme d’entre les
peuples n’était avec moi ; Je les ai foulés dans ma colère, Je les ai
écrasés dans ma fureur ; Leur sang a jailli sur mes vêtements, Et j’ai
taché tous mes habits. »
Esaïe 63/2-3.
« Seigneur, jusqu’à quand les méchants seront-ils à la fête ? Oui, jusqu’à
quand ? Ils profèrent grossièretés et insolences, ils font les fanfarons,
tous ces gens qui causent le malheur des autres. Ils oppriment ton peuple,
Seigneur, ils maltraitent ceux qui t’appartiennent. Ils tuent froidement
la veuve et l’immigré, ils assassinent les orphelins. Et ils ajoutent : Le
Seigneur ne voit rien, le Dieu de Jacob n’y fait pas attention. »
Psaume 94/3-7.
INTRODUCTION
En cette matinée du samedi 19 février 2005, je me rasais dans ma salle de
bain et mon portable que j’ai pris l’habitude de ne plus quitter, même
dans des endroits intimes sonna. Qu’elle n’a été ma surprise et toute la
fierté que j’ai éprouvé en apprenant que mon interlocuteur était le
Président de la Fédération Protestante de France (FPF), le Pasteur Jean
-Arnold de CLERMONT ! Il avait tenu à m’informer qu’il devait comparaître
devant le Tribunal ce matin à 10H00 pour l’incident extrêmement grave qui
a eu lieu, le dimanche 6 Février 2005 dans quatre églises évangéliques à
Montreuil…
Pour mémoire, il y a lieu de rappeler que sous le fallacieux prétexte de
vérification du niveau de sécurité, M. Jean-Pierre BRARD, Député -Maire de
Montreuil avait fait une intrusion intempestive dans une église haïtienne
et voici quelques clichés de cet évènement, tel que rapporté par le
pasteur MAS Félicien de l’Assemblée Chrétienne Le Rocher : « Lorsque le
Maire s’est rendu à l’Eglise Haïtienne de Montreuil, il a commencé par
arracher les affiches devant la porte, est rentré dans l’église, s’assied
pendant quarante minutes. Il se lève ensuite pour compter les chaises en
plein culte…Il est ensuite monté sur le créneau pour dire aux chrétiens :
arrêtez de chanter ! Arrêter de faire du bruit ! ici on prie dans le cœur
!... »
Ce samedi 19 février 2005, le Pasteur Jean -Arnold de CLERMONT devait
ouvrir officiellement les assises du Premier Congrès de la Diaspora
Africaine Chrétienne en France, organisé par l’ADAC en partenariat avec le
Parc des Expositions Saint-Martin à Pontoise. En raison de cette
contrainte, il avait demandé au Président de la Fédération des Eglises du
Plein Evangile en France (FEPEF), le Pasteur Jean-Pierre RICHE, de le
représenter à la cérémonie d’ouverture…
Sur la ligne du RER A, le train venait de quitter la station Charles De
Gaulle –Etoile en direction de Cergy –Le -Haut qu’un serviteur de Dieu,
africain noir et non « homme de couleur », car le blanc, le noir, le
rouge, le vert, le rouge ou l’indigo sont des couleurs et que l’expression
« homme ou femme de couleur » que le langage courant semble adopté pour
désigner exclusivement et pudiquement des noirs a une connotation
discriminatoire, même au sein d’une assemblée où théoriquement, il ne doit
pas y avoir « ni de grec ni de juif », ce serviteur de Dieu, disais-je,
avec sa Bible Thomson et dans un français impeccable, s’est levé pour
prêcher la Bonne Nouvelle devant des passagers en reste quelque peu
médusés. Ignorait-il qu’ici, du moins à Montreuil de Jean-Pierre Brard, on
devait prier dans le cœur ? N’était-ce pas un illuminé ? N’était-ce pas un
de ces envoyés de la mission de retour qui serait venu « christianiser »
une France complètement « déchristianisée » ? N’était-ce pas, au regard du
thème qu’il développait avec aisance et cohérence, un moraliste venu
remettre de l’ordre dans une société qui a « refusé l’ordre, sans vision
d’un ordre de remplacement » comme le dirait Raymond ARON ?
En novembre 2005, j’étais en déplacement à Besançon avec quelques
compatriotes, dans la Franche-Comté, pour participer à une journée de
réflexion sur la République Centrafricaine, organisée par l’association «
Centrafrique –Sans –Frontières-CSF », en prélude à la célébration
décentralisée de la Semaine de Solidarité Internationale. Le « petit
poisson » apposé à l’arrière de ma voiture aura été salutaire pour moi. En
effet, ce petit poisson a suscité une sympathie exprimée ouvertement par
une jeune habitante de Besançon qui n’a pas hésité à me donner des
informations explicites sur la manière dont je devais m’y prendre pour
retrouver le chemin de la salle de conférence…J’étais quelque peu perdue
sur le parking de la gare…
La dernière église à laquelle j’ai appartenu, engagée dans l’action
humanitaire en direction de Madagascar, le Sri - Lanka, l’Inde et la
République Centrafricaine, avait inscrit la prière pour la paix dans son
agenda. Les élections en Afrique de manière générale étant suivies de
contestations et de troubles, il fut institué des séances de prières pour
que les élections générales, présidentielles et législatives, se déroulent
dans le calme et que la volonté de Dieu se fasse.
Dans cette église que j’ai fréquenté assidûment jusqu’au 29 septembre
2005, l’engagement « missionnaire et humanitaire » pour le Centrafrique a
conduit les responsables de l’église à convaincre subtilement les fidèles
à ne prier que pour un seul candidat, en l’occurrence le pasteur - adjoint
de l’église, officiellement « accrédité à Bangui comme Pasteur Ambassadeur
» responsable d’une ONG chrétienne d’action humanitaire et devenu «
Pasteur – Ambassadeur -Candidat aux élections présidentielles »…Dois-je
préciser que mes prières pour chacun des onze candidats afin que la
volonté de Dieu se fasse étaient un grain de sable dans un mécanisme ?
En Centrafrique, je me souviens toujours de nos luttes pour le paiement
des arriérés de salaires devant « le mur de lamentations » des
Travailleurs Centrafricains et qui est la Bourse du Travail. Nos
assemblées générales des samedi matin à la Bourse du travail commençaient
chaque fois par des prières dites par un chrétien protestant, catholique
ou par un musulman…
Je venais à peine de fuir mon pays d’origine en juin 2001 et dans
l’attente de mes papiers, je découvris un titre, en gros caractère, sur
l’hebdomadaire « L’EXPRESS » N° 2626 du 7 novembre 2001 : POURQUOI DIEU
EST DE RETOUR ? Je n’ai pas hésité à débourser 18 francs pour me procurer
ce journal…Je voulais savoir comment ce Dieu qui a toujours été avec moi,
depuis que je n’étais qu’un avorton au sein de ma mère, a pu « voyager »
avant de revenir, au point de conduire des journalistes à dire qu’Il
serait de retour…Je voulais savoir comment ce Dieu omniprésent se serait «
absenté » quelque temps avant de revenir…
Ces six faits que je me suis permis de relater ici, en introduction à ma
communication, révèlent que la religion est présente dans la vie de tous
les jours, que l’on se trouve en France ou en Afrique…Ils démontrent
également que l’attitude à l’égard de la religion dépend de l’endroit où
on se trouve…La religion peut ou ne pas être exclue de la vie publique…
LAICITES AFRICAINES FACE AU DEFI DE L’INTEGRATION ?
Je me demande si je suis qualifié pour traiter cette thématique ? Le «
braconnier » que je suis, professeur de la plus belle et passionnante
discipline qu’est la PHYSIQUE-CHIMIE, le « chrétien de base » va
s’hasarder, j’allais dire « braconner » sur le domaine réservé des
sociologues ou bien des spécialistes…
La crainte de l’Eternel n’est-elle pas le commencement de la sagesse et de
la science ?...Je vais donc, avec cette crainte de l’Eternel, tenter de
répondre aux questions suivantes :
Existe-t-il des similitudes entre les laïcités européennes de manière
générale, et française particulièrement et les laïcités africaines ?
Les laïcités africaines constituent-elles un frein ou un atout à
l’intégration en France et non pas à l’assimilation des populations issues
de l’immigration ?
Que faire pour que la Diaspora Africaine Chrétienne, dans une France en
pleine interrogation sur les questions de l’immigration et de la laïcité,
ait une lecture chrétienne, donc universelle, de sa place et de son rôle
pour la consolidation du « VIVRE ENSEMBLE » dans une France de la Liberté,
de l’Egalité et de la Fraternité ?
Que faire pour que la Diaspora Africaine Chrétienne, dans une France en
pleine interrogation sur les questions de l’immigration et de la laïcité
soit respectée et respectable quand bien même elle soit toujours perçue à
travers le prisme déformant des tristes réalités historiques et des
préjugés de toute sorte qui sous-tendent, malheureusement, toute approche
de questions existentielles relatives à cette frange de la population que
le subconscient collectif veut confiner dans un caricatural exotisme ?
L’essence de ma communication va être une réponse ou mieux, une tentative
de réponse à cette triple interrogation.
I- EBAUCHE DE DEFINITION
Par définition, la laïcité est le
caractère de ce qui est indépendant des conceptions religieuses ou
partisanes. C’est un système qui exclut les Eglises de l’exercice du
pouvoir politique ou administratif, et en particulier de l’organisation de
l’enseignement public (cf. Larousse).
Ainsi, deux éléments sont à la base de la définition de la laïcité : la
séparation de l’Eglise et de l’Etat et la neutralité de l’Etat à l’égard
des religions. Cette approche signifie que l’Etat, tout en n’étant pas
inféodé à une religion, se doit d’avoir un même regard sur toutes les
religions.
Des études ont montré, et je me permets de faire appel aux éléments des
travaux de Régis DEBRAY ou Bernard STASI, que les rapports avec la
religion peuvent être marqués par de l’indifférence -la religion ne
concerne pas l’Etat- ou par une certaine hostilité -anti-cléricalisme,
anti-religion. Ces rapports peuvent être empreints de complicité ou
d’accueil…
II- DE LA LAICITE
FRANCAISE
Historiquement, la loi de 1905 sur
la laïcité a été promulguée en plein conflit entre l’Eglise catholique et
l’Etat. Tout en fixant les modalités de gestion des édifices cultuels,
cette loi prévoit la constitution d’associations cultuelles auxquelles
peuvent être accordées des exemptions fiscales.
« A César ce qui est à César ! A Dieu ce qui est à Dieu ! » Telle a été la
réponse que Jésus avait apporté à ceux qui l’interrogeaient … Cette
réponse consacre la séparation du temporel de l’intemporel, la distinction
entre les choses de Dieu et les questions humaines. Autrement dit, notre
Seigneur Jésus a lui-même fait une dé liaison théologie –politique tout en
invitant son disciple et non le ministre du culte qui doit être au dessus
de la mêlée, à devenir le « sel » et la « lumière » sur tous les terrains,
y compris celui de l’économie, du sport, de la protection des droits
humains et de l’environnement, de la culture, de la politique…
Le roi Salomon, dans le livre 127 des Psaumes affirme sans ambages : « Si
le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que les maçons se donnent du
mal. Si le Seigneur ne veille pas sur la ville, c’est en vain que les
veilleurs montent la garde. C’est en vain, vous aussi, que vous vous levez
tôt, que vous levez tard et que vous peinez à gagner votre pain. »
La culture judéo-chrétienne de l’Europe Occidentale dont la France fait
partie prend-elle en compte ces deux premiers versets du Psaume 127 ?
Sous la plume de Marion FESTRAETS, nous lisons dans l’EXPRESS N° 2626 de
novembre 2001 :
« Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes allemands ou
périgourdins, écrivait Montaigne. Le 11 septembre nous a-t-il rappelé,
outre notre condition d’Occidentaux, cette identité négligée ? Alors que
l’Orient s’embrase au nom d’un Allah impavide, qu’avons-nous fait de Dieu
?
Le constat n’est pas d’hier : les églises se vident, les prêtres
s’éteignent, les fidèles vieillissent. Dans les années 60, 89% des
français revendiquaient leur appartenance ; à peine 55% en faisaient
autant en 1998…La messe hebdomadaire, en chute libre, rassemble désormais
moins de 10% des français, et les deux tiers des enfants délaissent le
catéchisme. Si l’on continue malgré tout, à célébrer les rites de la
naissance, du mariage et de la mort, c’est moins par adhésion au culte que
par ce qu’on n’a rien trouvé pour les remplacer…On se marie à l’église
pour le cérémonial et la jolie robe, pour l’émotion et les dorures, que la
mairie n’offre guère, mais qui se soucie des mots du prêtre ? »
En ce qui concerne les autres religions, notre journaliste écrit : «
Minoritaires, les quatre (4) millions de musulmans et les 600 000 juifs
français échappent pour l’heure à une désaffection qui, si elle se
manifestait, mettrait en péril l’identité même des fidèles.» Et notre
spécialiste de souligner que « plus que tout autre pays de l’Europe
Occidentale, la France s’identifie autant, sinon davantage, à la laïcité
républicaine qu’à sa tradition religieuse »…
Qui dirait mieux ?...En tous cas, pour ma part, je ne peux que prendre en
compte ce constat jusqu’à la preuve du contraire…
III-DES LAICITES
AFRICAINES ?
Le vingt et unième siècle sera
religieux, prédisait MALRAUX…En effet, en Afrique, en Asie, en Amérique
latine, les fidèles, tous les vendredi pour les musulmans, tous les samedi
pour les adventistes du 7ème jour et tous les dimanche pour les autres
chrétiens, prennent d’assaut les mosquées, les temples ou les églises…Des
grandes Conventions sont organisées pour annoncer la Parole de Dieu…On
monte sur les montagnes pour prier, pour rechercher Dieu sur les hauteurs
du « Bas - Oubangui », notre Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob
dont l’ omniprésence semble échapper à ces ascètes qui, quelquefois,
versent dans des déviances…Roméo et Juliette, j’allais dire Kossi et Yassi,
vont sur les collines ou dans les forêts sacrées pour, non seulement prier
Dieu qui est présent dans leur chambre, mais pour donner une dimension «
plato -romantique » à une « retraite » qui n’a de spirituel quelquefois
que la Bible qui est mise en évidence dans la main…
On va à Lourdes pour chercher l’eau bénite sensée guérir toutes les
maladies…On va à la Mecque pour lapider satan avec des
cailloux…Quelquefois, le satané que l’on vient lapider ne reçoit pas les
cailloux en raison des bousculades qui font que quelques pèlerins, leur
caillou à la main, se font écraser dans un désordre
indescriptible…Pourtant, le Créateur de l’Univers qui a placé toute chose
à sa place au point où la Lune qui gravite autour de la Terre ne va pas
décrocher de son orbite pour s’écraser dans le désert du Kalahari ou dans
le Sahara, ce Dieu donc pourrait-il permettre ces désordres qui, d’année
en année, coûtent la vie à des pères de famille, à des mères de famille, à
des hommes et femmes qui, pourtant, économisent toute une année pour faire
le hadj ou pèlerinage ?
En Afrique, les rapports de l’Etat avec la religion peuvent être, dans
certains cas, empreints de tolérance ou mieux, par un accueil, voire une
complicité…Au point où les frontières entre la Politique et Dieu soient
floues, tenues et il en résulte quelquefois un amalgame politico-religieux
que d’aucuns voudraient tordre le coup aux textes bibliques pour se faire
passer aux yeux de leurs corréligionnaires, voire du monde entier, comme
des messies venus sauver les populations africaines abandonnées en cette
période de la mondialisation néo libérale et de globalisation…
Serait-il hasardeux d’évoquer ici les exemples de l’armée de résistance du
seigneur en Ouganda avec KONI, les NINJAS du pasteur TOUMI du Congo
Brazzaville, les indépendantistes de la Casamance de l’Abbé Djermakoune
Senghor, les « Talibans » des mosquées de Kano au Nigeria ?
Ce qui est certain et les faits sont têtus, au nom de « dieu », on est
témoin des cas de figure où des leaders « politico –militaro -religieux »
finissent par tenir la bible dans une main et la kalachnikov dans l’autre
alors que Dieu, du moins le Dieu des Chrétiens, le Créateur de l’Univers
est un Dieu de paix et appelle d’abord à l’AMOUR, à la tolérance, au
pardon, à l’humilité et au compromis sans compromission…
Je n’hésiterai pas pour dire que dans ces cas cités, la religion ou mieux,
Dieu est utilisé pour justifier des choix politiques…Notre Créateur est
utilisé comme l’arôme « Maggy », présent sur les tables africaines que
l’on utilise pour remonter la sauce à la pâte d’arachides de viande
boucanée, de « ndolê », de « koko na gnama na kpé ti sindi » ou bien pour
arroser une bonne grillade de « kpêtê na mongbèrè», au même titre que des
siècles auparavant, COLBERT a utilisé le Christianisme pour élaborer le
fameux « Code Noir » de Louis XIV…
Les rapports entre l’Eglise et l’Etat en Afrique Noire définissent ce que
l’on pourrait appeler une « laïcité moderne et partagée » qui fait qu’un
chef d’Etat, quel que soit le degré de sa croyance ou son engagement dans
le ministère du culte, ne doit s’ériger en chef religieux ou n’aura pas la
prétention de faire évoluer le pays vers une théocratie…L’attachement à la
DEMOCRATIE est en harmonie avec une pratique religieuse saine et ne donne
pas accès à un quelconque prosélytisme…
Permettez-moi, par souci de clarté et d’illustration de mon propos qui se
veut avant tout se placer dans le cadre des activités de la plateforme de
réflexion et d’action que représente l’Association des Diasporas Africaine
et Antillaise Chrétiennes (ADAAC) ou (AD2AC) qui succède à la défunte
ADAC, permettez-moi d’évoquer à titre d’exemple concret, ces marrons
encore chauds que l’on vient de retirer du feu, à savoir l’histoire toute
récente de la République Centrafricaine…
Comme je le disais tantôt, les rapports entre l’Eglise et l’Etat peuvent
être, dans certains cas, empreints de tolérance ou mieux, par un accueil,
voire une complicité…Dans le cas de la République Centrafricaine, mon pays
d’origine, la vie politique, culturelle, économique voire sociale est
profondément marquée par l’héritage de Barthélemy BOGANDA, Premier prêtre
oubanguien. Il avait eu le mérite, au regard des souffrances
indescriptibles des populations aéfiennes et oubanguiennes, à faire un
choix clair et précis, en tombant la soutane pour s’engager le plus
honnêtement du monde dans la Politique. Il fut élu, à la fin des années
50, Député de l’Oubangui-Chari à l’Assemblée Nationale Française et
Président du Grand Conseil de l’Afrique Equatoriale Française dont
Brazzaville, la capitale du Congo, était le siège.
Aujourd’hui, cette complicité avec la religion ou mieux, cette crainte de
Dieu, pour des motifs quelquefois discutables et discutés, a fait que le
Centrafrique soit dirigé, depuis mars 2005, par un pasteur , militaire de
formation, qui ne s’est pas caché derrière le ministère du culte pour
solliciter les suffrages du peuple…Il a battu un autre pasteur qui n’a pas
pu franchir le second tour des élections présidentielles, bien que ce
dernier, s’appuyant sur l’action humanitaire de laquelle, par définition,
on ne doit pas en tirer des bénéfices politiques ou économiques, ait cru
ou ait voulu, subtilement et sans appareil politique, confondant les
églises, les temples et même les mosquées en structures « acquises
divinement » à ses ambitions hautement personnelles, et avec le concours
intéressé du « système MARANATHA d’Osny», transformer toutes les
chrétiennes et tous les chrétiens du Centrafrique, en toute naïveté voire
en tout amateurisme politique, en de potentiels électeurs qui voteraient
les yeux fermés à 101 % pour un candidat estampillé du prestigieux label «
pasteur »…
Le score historique de « 1,52% » ne doit-il pas nous faire réfléchir ou
bien nous amener à dire, pour les plus optimistes que le temps de Dieu
n’est pas encore venu ?
D’autres diraient que si Dieu donne la vision, Il donne en même temps la
provision pour permettre d’acheter au moins les petits objets électoraux
tels que les « tee-shirts » que l’on offrirait gracieusement au paysan ou
au jeune supporter…Ce qui ne signifie en rien une corruption quand bien
même il faut combattre résolument et méthodiquement l’achat des voix des
électeurs!
En Afrique, d’une manière générale, les religions ne sont pas de la sphère
privée de l’intimité et de la conviction…On ne prie pas dans le cœur comme
le veut Jean-Pierre BRARD, le Député -Maire de Montreuil…On prie dans les
maisons, dans les stades, dans les bureaux, sur les places publiques, lors
des cérémonies officielles sans que cela dominent la vie politique…Et la
vie politique ne DOIT pas être dominée par les religions, mais plutôt, les
religions DOIVENT se placer au-dessus de tout…
Et je suis tenté de reprendre ici, les quatre remarques fondamentales
exprimées par le Pasteur Jean -Arnold DE CLERMONT, le 19 Février 2005,
lors du Premier Congrès de la Diaspora Africaine Chrétienne, organisée par
l’ADAC, en partenariat avec le Parc des Expositions Saint-Martin de
Pontoise :
Primo, le chrétien, et à plus forte raison les Eglises, relativise le
politique. Il refuse d’en faire un absolu. Il peut (doit) s’engager et
militer ; les Eglises doivent l’y exhorter afin qu’il se comporte en
citoyen responsable. Toutefois, ce même chrétien, dans l’exercice du
politique, ne pourra oublier ses convictions et les exigences
évangéliques. Il aura donc toujours une parole « en retrait » ; il gardera
ses distances à l’égard des affirmations politiques ; il fera la
distinction entre le choix humain qui est le sien et la volonté de Dieu.
Il ne pourra utiliser cette parole de Dieu comme garantie de ses propres
choix.
Secundo, le chrétien n’en est pas moins engagé, porteur de convictions,
mais surtout d’un regard sur le monde et sur l’humanité, informé par la
parole de Dieu. Il a donc un rôle premier qui est d’analyser les
situations et de dénoncer les déviations de ce monde par rapport à la
justice et à la paix voulues par dieu. Il doit s’exercer à montrer ce que
peut être cette volonté de Dieu pour l’humanité. S’il est clair que le «
royaume de Dieu n’est pas de ce monde » il n’en est pas moins vrai que le
chrétien doit pouvoir donner des signes de ce royaume « qui vient ».
Le chrétien a donc en politique un double rôle : de critique et de
proposition.
Tercio, pour les Eglises le meilleur moyen de n’être pas confondues avec
des partis politiques, ou d’être instrumentalisées par le pouvoir
politique est d’utiliser le mode du questionnement, pour aider leurs
interlocuteurs à se positionner eux-mêmes. Le chrétien, me semble-t-il,
s’il doit exprimer un choix devra toujours le présenter dans sa relation
avec ses opposants, comme le résultat d’un débat ou les positions adverses
ne sont pas niées ou déformées, mais critiquées et dépassées. Ainsi
l’auditeur sera lui aussi placé, non devant un impératif, mais devant un
choix.
Pour conclure, le Président de la Fédération Protestante de France (FPF)
avait affirmé qu’en tout cela, il vous apparaît que pour moi, le chrétien
est en politique un catalyseur de réflexion autant qu’un homme ou une
femme d’action. Pour lui, la politique n’est pas un combat où il faut
écraser l’Autre, mais un engagement au service de la société humaine,
engagement dans lequel le chrétien sait qu’il a besoin de tous les autres
pour arriver à trouver les éléments d’une vérité commune.
En une phrase, le chrétien en Politique est non comme quelqu’un qui sait
mais comme un chercheur de vérité, animateur de cette recherche, comme il
est devant le texte biblique, avec ses frères et sœurs, à l’écoute d’une
parole de Dieu pour aujourd’hui ».
Ces quatre remarques du Pasteur Jean – Arnold de CLERMONT en matière
d’engagement du chrétien –et non du ministre du culte qui doit se placer
au dessus de la mêlée- et que je me permets d’appeler le « CODE DU
CHRETIEN EN POLITIQUE » est non seulement en harmonie avec la «
Déclaration de Lausanne » qui stipule « …Nous affirmons que
l’évangélisation et l’engagement socio - politique font tous deux partie
de notre devoir chrétien. Tous les deux sont l’expression nécessaire de
notre doctrine de Dieu et de l’homme, de l’amour du prochain et de
l’obéissance à Jésus-Christ… »
Et pour conclure cette partie, je reprendrai ici la conclusion du texte «
L’engagement politique du chrétien » du Président du Comité Protestant
Evangélique pour la Dignité Humaine (CPDH) dans le dossier du journal «
Construire Ensemble N° 81-mars 2006 ». Le Pasteur Florian ROCHAT affirme :
« Nous avons besoin d’enseigner une vie chrétienne non compartimentée
entre ce qui serait des questions spirituelles (la prière, le culte, la
Bible,…) dans lesquelles Dieu aurait son mot à dire et des questions «
bassement » politiques (le monde, l’éducation, l’économie,…) où Dieu
serait absent.
Le ministère ou service ne se limite pas au pastorat mais s’étend à tous
les chrétiens.
C’est pourquoi, « dans un monde complexe et changeant, nous voulons
rechercher le bien commun de la cité…Nous voulons rechercher avec humilité
et conviction une participation active à la réflexion , à divers niveaux,
afin de proposer des orientations et des engagements qui soient, pour
l’humanité, porteurs d’avenir et d’espérance. »
IV- INTEGRATION PAR LES
EGLISES, LES SYNAGOGUES OU LES MOSQUEES ?
Je voudrais introduire ce chapitre
en faisant un distinguo entre « intégration » et « assimilation » d’une
part et d’autre part, faire remarquer que toutes les populations
africaines, qu’elles soient noires ou blanches, ne sont pas nécessairement
concernées par le processus d’intégration.
En effet, nombre de citoyens français noirs sont nés en France et ont par
nature, une culture française. Comment pourrait-on demander à ces français
que la couleur de la peau range quasi systématiquement parmi les «
racailles » ou apparentés ou mieux, parmi les populations issues de
l’immigration, de s’intégrer dans une société à laquelle ils appartiennent
déjà ? Comment demander à ces citoyens noirs nés en France qui ont déjà
l’habitude, à table, d’avoir un menu qui commence par une « entrée », le
corps qui peut tout aussi bien être des cuisses de grenouilles que des
chenilles ou du poulet fumé avec la sauce « gombo à la pâte d’arachide –dakatine
» assortie de la fumante boule de semoule, et que la sortie soit
constituée de fruits et de fromage ?
Il existe également des africains noirs et blancs, nés en Afrique et ayant
migré en France pour des raisons économiques, politiques ou culturelles.
Parmi ceux-là, certains appartiennent à l’espace francophone ou ont été
des citoyens français qui ont eu à chanter « nos ancêtres les gaulois »
sous les Tropiques et qui parlent la langue de Molière tout aussi bien que
le français d’origine hongroise ou espagnole...
Enfin, parmi les africains noirs et blancs, nés en Afrique ou ailleurs et
qui constituent ce qu’il convient d’appeler, populations issues de
l’immigration, il y a ceux qui appartiennent à l’espace lusophone,
anglophone etc...
Pour les deux dernières catégories de personnes, leur monde est fait des
problèmes spécifiques tels que les titres de séjour, le regroupement
familial ou l’utilisation des services de « western union » qui les amène
souvent à prendre en charge les familles restées au pays...Et c’est à
cette catégorie de personnes que le vocable «intégration » trouve tout son
sens…
Les Eglises ou les lieux de cultes des autochtones, en raison des valeurs
sociales chrétiennes devraient favoriser l’intégration des populations
africaines immigrées.
En effet, sous le vocable « étranger » ou « gentil », on doit entendre,
selon le « Nouveau Dictionnaire Biblique- Editions Emmaüs », toute
personne qui, n’étant pas israélite, appartient « aux nations » soumises à
d’autres chefs et à une autre religion que celle d’Israël. Les Madianites
et les Egyptiens (Exode 2/22), les Yebousiens (Juges 19/12) les Philistins
(2 Samuel 15/19) les Moabites, Ammonites, Sidoniens, Hittites (1 Rois
11/1) sont expressément appelés étrangers dans la parole de Dieu. Les
esclaves achetés à prix d’argent et les prisonniers de guerre qui étaient
au pouvoir de leurs maîtres et assujettis aux lois israélites (Genèse
17/12 ; Exode 21/20-21) ainsi que les prosélytes, c'est-à-dire les
étrangers ayant adopté la religion des Israélites (Genèse 34/14-17 ; Esaïe
56/6-8 ; Actes 2/10) ne sont considérés comme des étrangers.
Dans les livres de Lévitique 19/33-34 ou Deutéronome 10/18-19, dieu avait
ordonné aux Israélites de traiter l’étranger avec bienveillance.
Qu’en est-il de la situation des populations issues de l’immigration
africaine et antillaise aujourd’hui en ce 11 mars 2006 en France et dans
l’Union Européenne ?
L’accueil de ces populations, quand bien cela soit teinté de « RACAILLERIE
» qu’une « KARCHERISATION » serait la voie obligée, cet accueil par des
structures qui doivent être le « sel » ou la « lumière » du monde,
c'est-à-dire les Eglises autochtones de JESUS, est-il de nature à
favoriser une intégration dans une France de la Liberté, de l’Egalité et
de la Fraternité ?
Les populations issues de l’immigration ne doivent-elles pas,
courageusement et avec humilité, se lever pour tenter d’enlever la poutre
qu’il y a dans leurs propres yeux à partir de la « Déclaration de
Cergy-Pontoise » du 20 Février 2005 et avec les Etats – Généraux des
Groupes et Eglises Issus de l’Immigration (EG-GE2I), ce projet à court
terme de l’Association des Diasporas Africaine et Antillaise Chrétienne en
France (ADAAC) ?
CONCLUSION
Que dire en conclusion ?
Les Africains dans nos Eglises, un défi, un potentiel considérable, une
réalité à prendre en compte ?
Tels sont les lignes de force de la présentation de la Fraternité
Evangélique Afrique Caraïbes Europe, la FEVACE que dirige le Pasteur
Augustin NKUNDABASHAKA…
Je vais paraphraser, humblement le Pasteur Augustin NKUNDABASHAKA pour
dire, à ma manière :
Les Africains et les Antillais dans la République, un défi, un potentiel
considérable, une réalité à prendre en compte. La mondialisation
néo-libérale et la globalisation de l’économie entraînent avec elles des
flux et des brassages importants de populations, quelquefois liées par
l’histoire et la culture avec les pays d’accueil…
La réalisation des « Objectifs du Millénaire » gagnerait en intégrant une
nouvelle démarche qui prendrait en compte un accueil positif des
populations du Sud par le Nord afin qu’une nouvelle synergie aux effets
démultiplicateurs, permette aux Diasporas Africaine et Antillaise qui sont
déjà un ATOUT pour le développement, participent à l’éradication
exponentielle de la pauvreté dans les pays d’origine…Et les valeurs
sociales du Christianisme que sont l’Amour, la paix, l’intégrité,
l’humilité, le pardon et la recherche de l’excellence et du compromis sans
compromission, bien assimilées par les acteurs du Sud et du Nord,
constituent un gage pour « proposer des orientations et des engagements
qui soient, pour l’humanité, porteurs d’avenir et d’espérance » comme l’a
souligné le Pasteur Florian ROCHAT du CPDH dans le « Construire Ensemble »
de mars 2006…
POUR L’AMOUR ET LA GLOIRE DE DIEU !
Jeudi, 09 Mars 2006
Clotaire
Saulet Surungba
« clotairesauletsurungba@wanadoo.fr »
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