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REACTIONS A CETTE TRIBUNE
ENVOYER UNE REACTION
HOMMAGE AU REALISATEUR CENTRAFRICAIN DIDIER OUENANGARE
Par
Ghislain "Sultan"
Zembellat
C'est
avec une grande tristesse que j'apprends le 29 septembre 2006, le décès
d'un ami, celui du Réalisateur Didier Ouénangaré qui a le mérite de
sortir sur le grand écran le premier long métrage Centrafricain intitulé
"le Silence de la Forêt" en 2003. Cette disparition est une grande perte
pour notre pays la République Centrafricaine qui vient de perdre l'un de
ses éminents artistes du Cinéma. Pour ma part, je tiens à rendre un
vibrant hommage à ce génie du 7ème Art Africain qui est parti trop tôt,
à l'âge de 53 ans. Aussi, je salue le sens de l'imagination, le courage
et la volonté de gagner de Didier qui s'est battu plusieurs années
durant afin de réaliser " le Silence de la Forêt ". La réalisation de ce
film qui le fait connaître du monde entier est un véritable parcours du
combattant. Tout d'abord, le Cinéaste laisse une bonne situation en
France, notamment à France 3 où il travaille pour aller en aventure à
Bangui se battre pour réaliser cette œuvre qui marque l'histoire
cinématographique Centrafricaine. Outre la précarité à la quelle Didier
fait face à Bangui pendant les préparatifs de ce film, il se bat contre
les moulins à vent pour trouver des financements afin de concrétiser son
projet. Déçu par le ralentissement du projet sur le terrain, l'artiste
veut à plusieurs fois laisser tomber cette aventure pour rentrer en
France. Sa volonté de gagner l'amène en débit des difficultés
rencontrées au pays à concrétiser son film, plutôt que de choisir la
facilité.
En
fait, " le Silence de la Forêt " est un roman de l'écrivain
Centrafricain Etienne Goyémidé que Didier adapte au Cinéma. Le Cinéaste
obtient après deux années de travail acharné sur ce roman à Bangui, une
aide financière à l'écriture avec un stage à l'INA ( Institut National
d'Audio Visuel ) en France pour parfaire ses connaissances afin de
réaliser au mieux son film. Puis, le Cinéaste Camerounais Basseck Ba
Kobhio produit et co réalise le film qui devient un grand succès. Eric
Ebouaney un acteur Camerounais de grand talent qui interprète en l'an
2000 " Lumumba " du réalisateur Haïtien Raoul Peck se fait distinguer
dans " le Silence de la Forêt ". Surtout, l'acteur est apprécié dans le
rôle de Gonaba, un Inspecteur de l'école primaire qui décide de tout
abandonner pour aller vivre dans la forêt et pour éduquer des enfants
pygmées. Aussi, le fonctionnaire rencontre une aventure amoureuse dans
la forêt équatoriale où il vit désormais. Enfin, son voyage se
transforme en parcours initiatique. La qualité du roman, de la mise en
scène, de l'interprétation de l'œuvre et le décor du film, tout cela
fait du " Silence de la Forêt " un film sublime. En 2003 " le Silence de
la Forêt " est remarqué par la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de
Cannes et aussi la même année au Festival International du film
Francophone de Namur en Belgique. De plus, ce chef - d'œuvre lui permet
de sillonner le monde où il parcours des Festivals pour faire découvrir
son pays la République Centrafricaine par le biais du cinéma.
Je rencontre
Didier Ouénangaré au Théâtre Lucernaire à Paris le 10 juin 2005, lors
d'un débat organisé autour de son film dans le cadre " D'Alliance en
Résonance " qui est une semaine Culturelle Centrafricaine dont le but
est la découverte de la République Centrafricaine en France. Didier
m'informe de plusieurs projets cinématographiques et me sollicite pour
écrire des musiques pour accompagner ses futures images. Le Cinéaste
projette de réaliser en 2007 un film sur le parcours de l'Explorateur
Français Pierre Savorgnan de Brazza. Notre artiste est fasciné par
l'histoire de cet Explorateur mort en 1905 à Dakar que les uns
présentent comme un pacificateur et d'autres de pur colonisateur. En son
temps, Pierre Sovorgnan de Brazza gagne la sympathie des autochtones en
déclarant que les colons sont des intrus. Ce propos lui vaut une
sanction sévère du fait de la suppression ses fonctions par la France en
1898. Au-delà de ce constat, Didier veut porter à l'écran le parcours
atypique d'un petit immigré Italien qui s'engage dans la Marine
Française et qui va découvrir la ville qui porte aujourd'hui son non, le
Congo Brazzaville. Aussi, notre réalisateur veut à travers le parcours
de Pierre Savorgnan de Brazza exprimer en images les difficultés
d'intégration rencontrées par les Italiens et les Polonais à l'époque et
puis par les Africains de nos jours.
Selon Didier,
aborder l'histoire de Pierre Savorgnan de Brazza permet aussi de faire
découvrir au public le Congo Brazzaville et le Roi Makoko qui signe un
accord pacifique avec cet Explorateur. Le réalisateur prévoit également
de faire comprendre au public le rôle joué par le sergent Sénégalais
Malamine qui accompagne l'Explorateur à la découverte de la source de l'Ogoué
qu'est le Congo. Enfin, ce génie du cinéma trouve une articulation entre
la découverte de Brazzaville par Pierre Savorgnan de Brazza et celle de
Bangui plus tard en 1885. Pour préparer au mieux son projet, Didier
effectue un voyage en juin 2005 à Castel Gandolfo, village natal de
l'Explorateur en Italie pour recueillir des données sur lui auprès de sa
famille et de la Mairie de cette commune.
Aussi, l'artiste
envisage la même année de fonder un " Ciné Village ", un moyen mobile de
projection d'images permettant aux paysans n'ayant pas accès au cinéma
de voir des films dans leurs villages. Un véhicule équipé d'une unité de
projection de cinéma et d'un groupe électrogène permet de créer un "
Ciné Village ". Avant de partir à Bangui, le Cinéaste effectue un voyage
en province en France où son projet reçoit l'avis favorable d'une ville
mécène. Mais, Malheureusement Didier meurt avant de réaliser ces deux
projets qui lui tiennent beaucoup à cœur. C'est dommage que le
Réalisateur n'assiste pas aux cérémonies marquant le retour des restes
de Pierre Savorgnan de Brazza et de sa famille au Congo Brazzaville le 3
otobre 2006. Cette occasion aurait permis au Réalisateur Centrafricain
de donner une autre dimension à travers son film à cet évènement
grandiose.
Après " le
Silence de la Forêt " qui fait désormais la fierté de la République
Centrafricaine, comme pour remercier l'artiste, l'Etat centrafricain le
nomme Directeur du Cinéma à la Télévision Centrafricaine.
Malheureusement, l'on ne lui donne pas des moyens pour développer ce
service pouvant devenir un tremplin pour le Cinéma Centrafricain. Didier
retrouve la Télévision Centrafricaine qu'il fut l'un des pionniers. Le
Cinéaste démarre sa carrière en 1974 à la Télévision Centrafricaine en
qualité de Cameraman lorsqu'il revient de la Côte d'Ivoire. Depuis ces
deux dernières années, l'artiste mène un combat contre la maladie qui
l'a finalement emporté. Didier s'en va, mais nous lègue un héritage
Culturel qu'est le Cinéma Centrafricain.
A travers l'œuvre
" le Silence de la Forêt ", ce Réalisateur et combattant Culturel veut
inciter des jeunes Centrafricains à choisir les métiers du Cinéma qui
sont aussi porteurs que d'autres secteurs. Aussi, il veut montrer à nos
institutions que le Cinéma est non seulement un moyen d'expression, de
sensibilisation, d'éducation de la population, mais du développement
d'un pays. En Centrafrique, nous avons l'habitude d'oublier des artistes
qui contribuent eux aussi à la socialisation et au rayonnement de notre
pays. Pour ne pas l'oublier, je souhaite qu'une rue ou une structure
Culturelle porte son nom tout comme je le réclame depuis des années pour
Prosper Mayélé, Marcel Joachim Vomitiendé et bien d'autres qui sont des
artistes musiciens Centrafricains décédés depuis quelques années.
Didier, que la terre te soit légère.
Biographie de
Didier Ouénangaré:
Didier Florent
Ouénangaré est né le 23 février 1953 à Bambari en République
Centrafricaine. Il est titulaire d'un BTS en Sciences et Techniques de
l'Information au Studio Ecole de la Radio Télévision Ivoirienne à
Abidjan en 1974. La même année il devient Cameraman à la nouvelle
Télévision Centrafricaine puis nommé chef de Service de Photo et Cinéma
au Ministère de l'Information quelques années plus tard. En 1983 il
poursuit ses études en France à Rennes où il travaille pour FR3. Didier
obtient une Maîtrise en Sciences et Techniques de la Communication
Audiovisuelle à l'Université de Rennes en 1991. En 2003 il est nommé
Directeur du Cinéma à la Télévision Centrafricaine après avoir réalisé
la même année " le Silence de la Forêt ". Didier meurt le 29 septembre
2006 suite à une longue maladie.
Filmographie
de Didier Ouénangaré:
La Centrafrique
économique (1982), documentaire (52')
Les Ressources minérales de la Centrafrique (1995), documentaire (18')
Centrapalm (1996), documentaire (26')
Le Réseau routier centrafricain (1996), documentaire (26')
L'Eau, source de vie (1996), documentaire (26')
L'UCL à Bangui (1997), documentaire (26')
Pourquoi voter ? (1998), fiction (26')
Icra (1997), documentaire (52')
Conservation de la forêt de Ngotto au service du développement durable
(1999), documentaire (52')
Festivals et
récompenses:
2004 : Festival du
film de Paris; Vues d'Afrique Montréal
2003 : Festival de Cannes (Quinzaine des réalisateurs).
Paris, le 1er/11/2006
Ghislain "Sultan"
Zembellat
Maziki.net
Réactions à cette tribune
Cécilia
Dossin Ngaïbino
- (19/01/2007) : mes hommages à Didier OUENANGARE que j'ai eu
l'occasion de rencontrer cet été à Bangui en Centrafrique, que ses
œuvres soient respectées et que tous les projets envisagés par lui
puissent continuer.
Je rends hommage et ce monsieur plein de bons sens, de rigueur qui est
rare chez beaucoup aujourd'hui;
l'œuvre de Didier est une grande richesse culturelle pour notre pays, et
je dirai pour finir, malgré son absence, je respecterai sa parole
donnée, j'ai une grande pensée pour sa compagne qui m'a bien reçu à
Bangui et à ses enfants.
Xavier
Kempès
- (15/07/2009) : Plus d'images du film, des extraits du livre
également.
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