L'arbre à palabre
Tribune de réflexion

REACTIONS A CETTE TRIBUNE         ENVOYER UNE REACTION   


L’INITIATIVE PPTE… CENTRAFRICAINS, FAISONS LA DIFFERENCE

Par

Henri Paul Akibata

 

          Dans une dépêche de l’Agence Centrafrique Presse (ACAP) du 11 octobre 2007 : “Le Ministre Centrafricain de l’Economie, du Plan et de la Coopération Internationale, M. Sylvain Maliko, s’est réjoui de l’aboutissement de la République Centrafricaine au point de décision à l’initiative des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), au cours d’un point de presse tenu à la Représentation de la Banque Mondiale à Bangui “. Dans la foulée, le 12 octobre 2007 sur le forum du site www.sozowala.com, il y a l’intervention du compatriote Dupin Mbesseck Zandanga ayant pour titre: le 26 octobre 2007 une date décisive pour la RCA. “En effet, vous n’êtes pas sans savoir que (la) date du 26 octobre 2007 est décisive pour la Centrafrique. Cette date correspondra au passage du dossier centrafricain à une table ronde regroupant les bailleurs des fonds et une délégation du gouvernement centrafricain. Table ronde à l’issue de laquelle notre pays accédera à l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) ce qui lui donnera la chance de bénéficier des aides internationales et d’alléger ses dettes extérieures. Cette date est autant plus importante qu’il est temps et urgent pour chaque centrafricain et centrafricaine amoureux de son pays puisse multiplier des actions de soutien et à égard de l’équipe gouvernementale qui sera attendue lors de cette table ronde, aussi de détourner l’attention de l’opinion internationale à reconsidérer le cas de la Centrafrique.
Je crois que le moment est venu pour que chaque Centrafricain fasse preuve du patriotisme
“.
Loin de donner des avis personnels quant à ce qui relève du patriotisme réel dont tout un Centrafricain en serait fier, il est utile et judicieux d’attirer l’attention des uns et des autres sur l’initiative PPTE, ses grands enjeux et ses implications. C’est le but initial de ce travail. Et que d’adopter une posture rigide synonyme de critique tous azimuts, il y aura une ébauche de solutions quant à l’avenir du pays, ou plus exactement ce dont que le gouvernement doit s’y atteler afin de ne point détourner l’attention mais plutôt d’attirer l’attention de la communauté internationale que dans un pays d’Afrique la prise de conscience n’est point un vain mot, par la mise en place des objectifs définis à partir de notre réalité spécifique du pays.

L’initiative PPTE, ses grands enjeux et ses implications

Initiée en 1996 à l’occasion du sommet du G7 de Lyon, l’initiative PPTE vise à trouver une solution au problème, chaque jour plus aigu, de la dette des pays du Sud (les plus pauvres).
Trois ans plus tard sous la pression des Organisations Non Gouvernementales (ONG), en juin 1999 au G7 de Cologne, une réponse positive a été donnée : 90 % de la dette des pays pauvres devraient être annulées au cours de l’année 2000 grâce à l’application de l’initiative PPTE. Le coût de cette annulation n’était que de 100 milliards de dollars US. Plusieurs pays, dont les Etats-Unis annoncèrent jusqu’à 100 % d’annulation des dettes des PPTE sélectionnés. Cette annulation à 100% est plus louable dans un premier temps, car la contribution américaine à l’initiative de Cologne se monte à 970 millions de dollars US en VAN. Cette annonce faite par le Président américain, de l’époque, Bill Clinton a du être revue à la baisse par le congrès américain qu’à hauteur de 123 millions de dollars US sur les 370 demandés au départ.
Pourtant, derrière ces annonces généreuses, rien de concret n’a été fait pour aboutir à une réduction significative de l’endettement et de la pauvreté des différents pays désignés comme faisant partie de cette fameuse initiative. Parmi les pays concernés (42) tous sont de l’Hémisphère Sud, dont 33 sont des pays africains.
S’il faut convenir d’une urgence au niveau planétaire pour une entraide véritable entre les différents peuples, il est plutôt maladroit de croire que cette initiative est le début d’une coopération nouvelle, sérieuse. Cette initiative constitue un moyen supplémentaire pour renforcer l’emprise des différents systèmes occidentaux sur le reste du monde. Pour s’en convaincre, il est donné à tout chacun d’analyser ce qui ressort de cette mesure de la honte, qui seulement qu’à sa dénomination marque le terrain du dénigrement perpétuel.
Outre l’appellation ridicule et humiliante, cette initiative cache des irrégularités grotesques. Et toute personne sensée doit se poser des questions quant au bien fondé de cette mesure grotesque qui persiste encore jusqu’à maintenant. Pour cela, il faut commencer par étudier les conditions à remplir par les différents pays concernés pour faire partie de l’initiative PPTE :
- Le stock de la dette de ces pays doit représenter plus de 150% des exportations et 250% des recettes fiscales.
- Le service de la dette doit être supérieur à 20% des exportations, avec les sous conditions suivantes : Les exportations doivent représenter plus de 30% du PIB ; Et les revenus fiscaux doivent être supérieurs à 15% du PIB.
Et important, les pays doivent également être éligibles aux seuls financements de l’Association Internationale pour le Développement (AID) en raison d’un revenu par habitant inférieur à 785 dollars US par an.
Vu sous cet angle, on s’aperçoit très vite qu’il y a de l’arnaque. La plupart des pays dits pauvres selon le critère occidental, ne peut bénéficier des allégements car ne remplissant les conditions d’être pris comme un PPTE, c’est-à-dire qu’un certain nombre des pays dits pauvres ne sont surendettés. Ainsi lorsqu’un pays est considéré seulement mais que son poids de la dette est raisonnable, il ne peut bénéficier des aides substantielles pour son développement de la part des Institutions Financières Internationales (IFI).
Il y a du cynisme dans les dispositions de cette initiative. L’on peut faire assimiler cela à une personne accidentée et transportée d’urgence à l’hôpital. Que de bénéficier des soins pour soulager la douleur, on lui fait remarquer tranquillement mais cyniquement que sa blessure n’est assez large, ni profonde, donc ne faisant trop mal. Pour être soignée, il faut qu’elle se mutile davantage montrant ainsi l’étendu du désastre afin de bénéficier des attentions du service médical.
Ce parallèle n’est point grotesque ni simpliste car s’il faut admettre cet état de pauvreté, le besoin immédiat est de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. Mais lorsque, en dépit de l’acuité de la pauvreté régnant au sein des différentes populations, ressortir la fameuse conditionnalité d’être en plus très endetté en ignorant la misère au quotidien des différentes populations, il n’est plus question d’aider… Il n’est point inutile de faire remarquer qu’un certain nombre de pays classés pauvres mais pas très endettés, ayant besoin des subventions économiques, se sont sentis obliger de céder à ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui du chantage, c’est-à-dire s’endetter massivement auprès des pays du Nord ou des Institutions Financières Internationales (IFI) afin de satisfaire aux conditions d’éligibilité aux initiatives PPTE. Au nombre de ces pays l’on peut citer le Benin, le Sénégal, l’Angola, la Guinée-équatoriale, le Kenya, le Nigéria, etc. Et cette course folle à l’endettement pose un problème : celui de l’utilisation des différents fonds contractés. A chacun d’apprécier…
Pis, comme si les peuples de ces pays pauvres n’ayant pas assez soufferts de la maladresse de leurs dirigeants souvent corrompus et mis en place souvent par l’appui de l’extérieur, il y a une autre conditionnalité qui concerne l’exercice de la démocratie dénommé “les politiquement corrects“. Cela signifie que pour être reconnu pauvre et endetté, il faut pratiquer la démocratie. L’on se demande le bien fondé de cette conditionnalité supplémentaire. Le peuple souvent marginalisé et bâillonné doit-il faire les frais d’un système de gouvernance qui lui a été imposé et qui le martyrise en plus ? Autant de question qu’il ne faut pas perdre de vue pour apprécier le bien-fondé de ces initiatives tant louées par les uns et les autres.
Revenons aux problèmes des conditions de l’initiative PPTE. Pour pouvoir bénéficier d’un allégement substantiel des dettes dans l’application de l’initiative PPTE, l’application des Programmes d’Ajustement Structurels (PAS) reste de rigueur pendant au moins 3 ans. Une nouvelle conditionnalité sur l’utilisation des fonds vient s’ajouter aux PAS. On évalue le délai supplémentaire à un an, et cette nouvelle conditionnalité est nommée “Cadre Stratégique de lutte contre la pauvreté“ et les réformes économiques qui doivent accompagner l’application de cette nouvelle conditionnalité ne sont autres que celles tant décriées dans le cadre des PAS, c’est-à-dire que les pays doivent délaisser les secteurs non rentables financièrement que sont l’éducation et la santé. Puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets et sinon plus, il n’y a aucune amélioration dans le quotidien de la population, si ce n’est l’appauvrissement massif et la dépendance envers quelques produits d’exportation dont la valeur ne cesse d’augmenter sur les marchés mondiaux.
Dans un article intitulé “les dix limites de l’initiative PPTE “ d’Arnaud Zacharie, outre certaines conditions déjà dénoncées, il y a un point saillant qui montre l’ampleur de la mauvaise foi quant aux projections souvent erronées et non objectives des IFI sur les répercussions de cette initiative. Il écrit : Des projections de «soutenabilité» est sévère (une dette est-elle soutenable lorsque son service prive les populations locales de santé et d’éducation ?), mais en plus les projections à moyen terme des experts du FMI sont totalement irréalistes. Par exemple, alors que le prix du coton a perdu 46% de sa valeur entre début 1997 et fin 1999, les projections jusqu’en 2019 pour le Mali se basent sur une augmentation annuelle du prix du coton de 9% ! Qui dit mieux ? Et pourquoi ces projections erronées ? Mais la grande question est de se demander à qui elles (ces projections) profiteraient ? Il appartient à tout un chacun d’apporter des réponses à ces questions.
La mise en place de l’initiative PPTE s’identifierait en Marketing à ce qu’on appelle de la croissance par diversification, ou plus précisément de la diversification concentrique qui consiste, en entreprise, à introduire de nouvelles activités dont la technologie (ou le marketing) est complémentaire de son métier présent (actuel). Explication : l’application des PAS a non seulement entraîné une réelle dégradation des conditions de vie des populations mais a rencontré aussi de vives critiques tant au niveau même des Institutions financières Internationales que de la part des sociétés civiles des pays concernés. Et sous la pression de l’opinion publique internationale les IFI, persuadées de leur croissance dans le démantèlement et l’appauvrissement des sociétés des pays du Sud, ont procédé cette fois par le biais de l’initiative PPTE qui n’est en fait que complémentaire des objectifs des différents PAS déjà mis en place et ayant échoué lamentablement dans les pays du Sud.
Finalement les PAS et l’initiative PPTE ne donneront qu’un résultat similaire comme en témoigne les analyses de deux organismes onusiens….
Selon la CNUCED (Conférence des Nations-Unies sur le Commerce et le Développement) : Les espoirs que l’on fonde sur la mise œuvre de l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) ne sont pas réalistes.
L’allégement de la dette envisagé ne suffira pas à rendre celle-ci supportable à moyen terme (…) ; par ailleurs, l’ampleur de l’allégement de la dette et la manière dont il interviendra n’aura pas d’effets directs majeurs sur la réduction de la pauvreté
(CNUCED 2000, p.31).
Le PNUD ne dit pas autre chose : La dette continue d’être un frein au développement humain et à la réalisation des droits de l’Homme (…). L’initiative d’annuler le service de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) n’a jusqu’ici un impact limité (…). De nouvelles mesures, introduites en 1999, cherchent à fournir un allégement plus rapide et plus important en visant la réduction de la pauvreté.
L’allégement de la dette reste toujours loin derrière les intentions et les promesses. Il est urgent que la mise en place de ces programmes s’accélère dans tous les pays et que de nouvelles initiatives soient mises en œuvre pour que la réduction de la dette ait une incidence sur le développement humain
(PNUD 2000, p.120).
Ainsi eu égard aux enjeux réels de l’accession à l’initiative PPTE, la RCA n’est point à un tournant décisif de son histoire dans le sens positif de la marche vers le développement. L’initiative PPTE n’est qu’un leurre supplémentaire destiné à détourner l’attention des pays africains sur les véritables priorités auxquelles ils doivent focaliser leurs forces et énergie, c’est-à-dire, trouver à partir des facteurs endogènes des voies et moyens pour l’élaboration d’un plan de développement en adéquation à la stricte réalité de chaque pays sans oublier l’évolution du monde alentour.


Piste de réflexion

Que de faire le jeu de l’autruche feignant ignorer l’état véritable de la majorité des pays Africains, il convient de reconnaître que tout comme la majorité des pays Africains, la RCA est un pays pauvre et (très) endetté. C’est un fait incontestable mais cela n’augure aucunement l’attribution d’une typologie humiliante que les uns et les autres l’acceptent avec un brin de fierté ou de fatalisme. La Centrafrique n’est pas plus endettée que les pays appelés “riches“. Par contre elle est belle et bien pauvre. Et cette pauvreté s’explique aisément.
Face à cette situation, il est plus qu’urgent de trouver des solutions adéquates pouvant permettre à la population de regarder l’avenir avec optimisme. Pour cela, il est primordial que l’on sache réellement pourquoi la RCA est pauvre. Ceci dans le but d’amener les uns et les autres à sortir de l’amnésie mortifère où l’on ergote sans cesse que la RCA est riche, contraste saisissant entre la vie au quotidien et la supposée richesse.
Dans le passé, n’importe quel livre d’économie internationale considérait que les pays dotés de ressources naturelles étaient riches. Et cette croyance est partagée par un grand nombre d’Africains en général et de Centrafricains en particulier. Aujourd’hui, la révolution technologique libère peu à peu l’économie industrielle de sa dépendance envers les ressources naturelles. Des pays comme le Japon, l’Allemagne, la Suisse, l’Israël et les Nouveaux Pays Industriels (NPI) asiatiques (Malaisie, Corée du Sud, Singapour), dépourvus de ressources naturelles, sont plus riches et puissants que les pays qui en regorgent. La richesse des nations se trouve maintenant dans l’information et la matière grise permettant d’inventer et d’améliorer les produits et services et d’économiser les ressources naturelles.
Ainsi, la vraie richesse c’est l’Homme. Et l’Homme devient une richesse fondamentale pour son pays ou son continent ou encore sa planète lorsqu’il est mieux formé. La seule valeur ajoutée sur les matières premières, les ressources naturelles ce n’est que l’homme. Cette réalité doit être mieux maîtrisée par n’importe quel pays voulant sortir du marasme économique. Et tant que l’homme centrafricain ne sera pas formé suffisamment, sa pauvreté sera toujours d’actualité même des siècles plus tard. Cette formation doit être une réponse aux urgences du moment mais aussi pour la préparation des générations futures, comme des pays ont eu à le faire avant nous.
En prenant conscience de cette réalité, tout le mérite sera l’élaboration d’une politique axée sur la formation de l’homme dans le but de sortir de l’ornière des matières premières non transformées donc sous-évaluées. Il y a des exemples pour inciter les uns et les autres à ne point considérer les matières premières comme des richesses fondamentales. La meilleure illustration se trouve sous nos yeux. L’Allemagne ne disposant des gigantesques gisements pétroliers et gaziers comme sa voisine la Russie. Pourtant le niveau de développement en Allemagne ne peut être comparable à celui de la Russie. Israël est mieux loti aux enseignes des pays industrialisés que l’ensemble des pays Arabo-musulmans, qui pourtant regorgent d’innombrables puits pétroliers. Et que dire du Japon ?

Comment procéder ?
Maintenant la question est de savoir comment former l’homme Centrafricain ? Pour répondre à cette question il revient à chaque gouvernement de définir cette problématique comme axe principal de toute action dans le pays.
Et puisque la formation nécessite un certain investissement, il appartient à la politique de trouver une réponse qui, comme dans la majorité des pays volontaristes qui désirent le mieux-être de sa population, passe inéluctablement par le choix d’un domaine économique en phase avec la réalité du pays pour en faire “la vache à lait“ afin d’atteindre l’objectif fixé. Cette problématique commence à faire son chemin dans certains pays Africains comme la Tunisie qui a fait du tourisme sa vache à lait. Il y a le Botswana qui a choisi ces mines diamantifères pour en faire la mamelle de son développement. Partant de la réalité de la RCA, cette vache à lait est toute et vite trouvée c’est le secteur minier (l’uranium, le diamant et l’or). Et pour concrétiser véritablement ce secteur en une vache à lait du développement du pays, une démarche méthodique est fortement recommandée.
A l’aide d’un appel d’offre au contour bien ficelé (par le soin des juristes et non de quelques individus), discuté au préalable publiquement au parlement (en laissant ouvert une période de propositions venant de tout Centrafricain). Ainsi le pays tout entier sera dans une dynamique de participation ce qui ne peut que faire émerger ce que les anglo-saxons appellent le followship (la capacité des peuples à suivre leurs dirigeants). Et compte tenu de la flambée des prix par exemple de l’uranium, le gouvernement Centrafricain peut procéder ainsi pour éviter au pays d’être considéré comme un PPTE et voir ainsi discuté son avenir à Bruxelles, ce qui plonge davantage le pays tout entier dans la problématique lénifiante de l’éternel nécessiteux incapable de prendre son destin en main malgré les différentes possibilités qui s’offrent à lui. Comment peut-on comprendre qu’en dépit des innombrables gisements de diamant, or et uranium dont le pays regorge et des contrats signés en grande pompe par les différents dirigeants, l’on n’arrive pas encore à trancher le nœud gordien de la pauvreté et surtout de la formation de l’homme en Centrafrique, gage de développement ? La réponse à cette question se tient en deux points essentiels : le tribalisme (qui induit inéluctablement la médiocrité) et l’affairisme des différents régimes se succédant en Centrafrique. Cette attitude en Centrafrique n’est point l’apanage que de ce peuple. Un peu partout des contrats sont signés dans une opacité totale. A ce propos, il convient de se reporter au constat sans appel de Mme Anne Miroux Chef de l’Unité d’Analyse des Investissements à la CNUCED : “Ces contrats ne sont jamais rendus publics. Je ne suis pas sûre qu’ils tiennent compte d’abord des intérêts des peuples africains“. Loin de rajouter une couche, l’épisode Areva-Uramin-RCA est éloquent. L’OPA d’Areva sur Uramin pour l’ensemble de ses gisements en Afrique (RCA, Tanzanie et Niger) a coûté 2 Milliards d’€. En imaginant un instant que la cession des gisements d’uranium de Bakouma (qui a coûté à Uramin que la bagatelle d’un Milliard de francs CFA, soit 150.000 d’€) était négociée dans les normes démocratiques, il est plus que évident que la RCA devrait engranger une manne financière importante susceptible de donner un coup de pouce considérable au développement du pays.
Avec un ou des domaines générateurs de ressources financières, l’Etat disposerait d’une cagnotte pouvant financer des programmes de développement. Et ces programmes ne seront que les objectifs fixés par le gouvernement sans contraintes majeures de la part des Institutions Financières Internationales (IFI), car ce ne seraient elles les donatrices de subventions. Car la survie d’un Etat, son développement ne peut se faire qu’à base de subventions venant de l’extérieur et encore moins par l’absence d’un programme émanant directement des réalités de celui-ci. Tant que les différents pays d’Afrique en général et la Centrafrique en particulier n’arrivent à concevoir un programme de développement en phase avec leurs différentes réalités macro et microéconomiques, rien de tangible pouvant résorber n’émergerait sous les cieux de ces pays. Pour le faire, le préalable est d’utiliser rationnellement une partie des ressources naturelles du pays pour financer certains secteurs primordiaux susceptibles de contribuer à l’érection en moyen et long termes des conditions de développement.

Quelles formations privilégiées et comment l’harmoniser ?
Les formations à privilégier en Centrafrique doivent répondre immédiatement et directement aux attentes de la population et surtout au besoin d’un développement cohérent. Pour cela le choix de trois domaines s’avère nécessaire : la scientifique, la technique et l’artisanat.
Les deux premiers domaines doivent répondre au souci de qualification de la main d’œuvre centrafricaine. Il ne sera guère possible d’attirer des entreprises si la main d’œuvre est sous-qualifiée. La qualité de la main d’œuvre est un attrait considérable pour les délocalisations des industries expatriées.
Quant à l’artisanat, celui-ci doit constituer le fer de lance de notre économie. Que de rester embrigader dans une seule logique où l’économie est fonction de la consommation, la production est à creuser et à encourager également. Et la production dans notre cas, dans un premier temps ne peut que passer par le canal de l’artisanat. En amont de cette politique d’artisanat, il est essentiel de faire de la pédagogie dans le but de sensibiliser les centrafricains à la valeur de tous les métiers de ce secteur. Ce travail en amont a pour but de lever la chape péjorative pesant sur les métiers jugés au rabais à défaut. Est-ce normal que tout un pays n’ayant un boulanger qualifié, un boucher qualifié, un tôlier, un carrossier ? Que de lister les enseignements manquants et à privilégier maintenant, il est utile de s’inspirer du travail du compatriote Francis Kopaye dans sa dernière tribune intitulée : “Du discours à l’action“ : « Que soient privilégiées les filières professionnelles (mécanique auto et industrielle, la maçonnerie, la menuiserie, la boulangerie) ; cela passe nécessairement par la valorisation de ces secteurs d’activités, en les rendant attractifs : amélioration des conditions de travail, rémunération intéressante, campagne de communication autour du métier ». Il faut ajouter à ceux-ci les activités agro-pastorales en vue de sédentariser l’élevage bovin en Centrafrique et en ouvrant des perspectives dans les autres élevages telles que porcins, avicoles, etc. Et que dire de mécaniser l’agriculture centrafricaine ? Il y a quelques années, la Libye a fait un don des produits alimentaires à la RCA. Un pays avec un climat sahélien non favorable à une agriculture fait don à un pays où toutes les conditions climatiques sont réunies mais qui peine à atteindre l’autosuffisance alimentaire.
Pour y arriver, la Centrafrique doit mettre en place un vaste programme d’études dont la finalité sera de mettre en place une grande technopole, de redynamiser la faculté de médecine par l’ouverture au sein de cette entité des programmes de spécialisation ciblée et de redynamiser également l’ISDR.
L’harmonisation des moyens pour atteindre ces objectifs doit se tenir en deux phases. La première phase se fait à l’extérieur dans les pays amis en privilégiant les coopérations Sud-sud et bilatérales, et la seconde se fait au niveau local pour formaliser la première.

Extérieur

1 – Pour l’enseignement technique et scientifique : Les pays du Sud-est asiatique tels que la Chine, la Corée du sud, le Singapour, l’Inde ou encore la Malaisie doivent faire l’objet d’une attention particulière d’un pays comme le nôtre. Une harmonisation de la coopération avec ces pays doit déboucher sur la formation massive d’un certain nombre des jeunes centrafricains. Ces formations ciblées doivent être articulées au niveau des BTS et des DUT susceptibles pouvant donner des connaissances pratiques. Les meilleurs de chaque promotion doivent continuer en ingéniorat et en professorat dans le but de mettre en place des unités de recherche.
2 – Pour la santé : Les pays tels que la Corée du sud, l’Inde, l’Israël, l’Afrique du sud et le Cuba où la médecine a atteint un niveau d’excellence doivent être retenus pour la formation des médecins centrafricains dans les spécialisations telles que : urgentiste, gynécologie-obstétricale, traumatologie, chirurgies infantiles et cardiaques, sans oublier la puériculture.

Intérieur

1 – Pour l’enseignement technique et scientifique : Des dispositifs doivent être pris pour le retour gagnant de ces jeunes formés. Ces dispositifs sont la redynamisation du lycée technique (voir les possibilités de la construction de ce type d’établissant dans chaque grande région du pays) en accentuant des formations dans divers domaines du niveau CAP jusqu’au baccalauréat technique, et la construction d’une grande technopole dans l’une des provinces du pays avec internat pour la formation des étudiants en cycle de BTS et DUT. Toujours dans le cadre des dispositifs, il est préférable de reprendre les travaux mis en ligne par Joël Yvon Wallot, le 28 décembre 2005, intitulé “Les docteurs au chevet de l’Institut Supérieur de Développement Rural“. Ce travail peut constituer une base de départ de la redynamisation de l’ISDR en incluant dans cet institut, l’Institut Centrafricain de Recherche Agronomique (ICRA), le Collège Technique d’Elevage de Bouar pour en faire une entité forte d’enseignement et de recherche pouvant impulser l’agriculture et l’élevage dans notre pays, gage d’un développement certain et de l’autosuffisance alimentaire.

2 – Pour la santé : La formation des médecins dans les différentes spécialisations constituera un gage non total mais considérable pour la qualité des soins et aussi pour l’espérance de vie de la population. Avec la volonté d’assurer le bien-être à la population, le mieux serait la construction d’un site pouvant abriter la nouvelle faculté de médecine. Mais le primordial est de doter cette faculté et si possible le reste des facultés de l’Université de Bangui d’un laboratoire de langue où l’apprentissage des autres langues telles que l’Anglais, l’Espagnol serait facilité. Ce laboratoire de langues donnera aux étudiants centrafricains la possibilité de réduire le fossé de langue qui fait souvent défaut à ceux-ci une fois à l’extérieur.

Conclusion

En résumé, une fois défini le secteur générateur de ressources pour le pays, l’Etat Centrafrique doit faire former une partie des jeunes à l’extérieur. Une fois rentrés, ceux-ci doivent être utilisés dans l’enseignement pour vulgariser les connaissances acquises. Une partie doit être soutenue par des structures comme le CAPMEA pour l’émergence d’une classe d’entrepreneurs en Centrafrique afin de réaliser des marchés nationaux et même sous-régionaux par l’entremise de la CEMAC.
Ce travail est fait dans un but de faire la différence. La Centrafrique est un pays Africain mais son destin ne doit en rien ressembler avec celui du reste. Comment ferons-nous la différence aujourd’hui pour le bien-être de la population centrafricaine ? Il est possible de faire la différence, si l’on choisit d’agir. Faire la différence, c’est combler un vide. Le vide dû à la posture misérabiliste où rien de ce qui peut faire notre bonheur ne peut venir de nous-mêmes, où nous ne pouvons définir les critères de notre bonheur, où le bonheur de l’homme Africain en général et Centrafricain en particulier ne peut être envisagé en dehors de l’Occident. Faire la différence, c’est combler ce vide. Entendre un appel au secours (de la population) et y répondre. Faire une erreur et y remédier. Qu’il s’agisse de la politique, de l’économie ou d’autres domaines de la vie de la nation Centrafrique. Faire la différence, c’est trouver les voies et moyens pour rémunérer le travail de l’homme centrafricain d’où qu’il vient, c’est bien rémunérer les employés pour leurs services, construire une maison, construire une école, une usine, donner plus de responsabilité aux jeunes, nourrir ceux qui ont faim, ou revitaliser une communauté. Faire la différence, c’est un appel à l’action. Un cri de ralliement, sans peur, déterminé, passionné et en phase avec les besoins et les réalités. C’est se chercher… et tendre la main. Se lancer au cœur de la tourmente… S’aventurer au milieu de nulle part. Avec une vision et un objectif. Pour qu’un jour, au coucher du soleil, en pensant à demain, nous comprenions que le bien pour nous-mêmes et pour notre pays n’est pas que ce que nous faisons, mais ce que nous sommes.
Et pour moi, ce travail n’est qu’une infime partie de faire cette différence que j’invite chaque compatriote à le faire par la force des propositions et des convictions dans l’honneur.

Henri Paul Akibata
 

Réactions à cette tribune

Baudoin Eyenga (19/11/2007) : Que du bla-bla, encore du bla-bla toujours du bla-bla mais à quand l'action?
C'est très étonnant de voir le nombre de personnes qui détiennent les solutions miracles pour notre pays, mais à quand la pratique? à quand l'action?

Ce que j'espère pour la RCA, c'est qu'une vague de compatriotes de la diaspora se proposent de partir au pays pour créer une société, initier un projet...et sollicitent des partenaires, des associés pour plus d'efficacité c'est ça qu'il faut pour notre pays.

C'est toujours facile de donner des leçons aux autres lorsque l'on n'est pas confronté à la réalité du terrain.

Henri Paul Akibata Kette (19/11/2007) : Généralement, il n'est pas de coutume que je réponde à une opinion donnée, car la liberté de penser est fondamentale.
Une dérogation à la règle s'impose sur ce cas-ci. Une vision est donnée à travers cette tribune. Celle-ci peut être reprise et affinée pour le bien de tous, ou tout simplement laissée de côté en estimant qu'elle ne cadre pas à la réalité de notre pays.
Mais est-ce que émettre une pensée est synonyme d'inaction ? Le fait de ne pas avoir encore mené une action dans le sens voulu par les uns et les autres signifie-t-il que l'on est dans une posture improductive ? A travers cette réaction, il y a l'envie plus ou moins tue que les uns et les autres veulent que tout un chacun dit ce qu'il va faire pour le pays, mettre à jour ses projets... Le schématisme est l'antithèse même de la raison.
Toute chose a son temps. N'oubliez pas cher compatriote que l'organisation précède toujours la structure.

Nalé Toua (20/11/2007) : Mon cher Baudoin, j'abonde parfaitement dans ton sens et j'ajouterais ceci: Les grands discours et théories sans lendemain ne servent qu'à flatter les bas instincts.
Il est plus que temps de conseiller fortement et franchement à nos compatriotes de parler peu et d'agir plus, car seules les actions concrètes de terrain permettent d'avancer.
Cela étant, il n'est pas interdit de faire des critiques objectives et constructives. Seule la subjectivité est à craindre. Cependant quelle que soit la nature des critiques, elles doivent être suivies d'actions concrètes de la part même de leur auteur. Ce qui est aujourd'hui loin d'être le cas. Cette question "Que dois-je faire pour participer au développement et à l'émancipation de mon pays?" n'est pas souvent posée, et même quand on se la pose, on a souvent tendance à tout rejeter sur les autres.
Une autocritique de temps en temps de notre part ferait un peu de bien à notre pays.
La redondance permanente de critiques même objectives menace tout de même leur crédibilité. Et donc si on pouvait éviter le "perroquenisme" on ferait économie de temps et d'énergie.
Mobilisons-nous au sein des associations et ONG pour concevoir des projets de développement et mener ces projets à bon port. Et comme l'a si bien dit le frère Baudoin, ce qu'il faut espérer pour notre pays c'est qu'une vague de compatriotes de la diaspora se proposent de partir au pays pour créer une société, initier un projet...et sollicitent des partenaires, des associés pour plus d'efficacité.
SINGUILA

Francis Kopaye (22/11/2007) : Bonjour Henry Paul,

Je tiens à vous féliciter pour l'exercice auquel vous vous êtes adonné. Je crois que bon nombre de Centrafricains n'avaient pas très bien compris en quoi consiste « l'éligibilité » aux initiatives PPTE. Les propositions que vous faites dans votre intervention cadrent également aux urgences de l'heure. Mais vu la situation politico économique et sociale de notre pays, un tel passage (PPTE) me semble nécessaire. Repartir en quelque sorte sur d'autres bases (réduction de la dette publique...) permettrait, à mon sens, d'amorcer le processus du développement. Car l'Etat étant asphyxié ne peut pas s'engager sereinement sur la démarche du développement que le peuple centrafricain attend et espère depuis très longtemps.
Il appartient dès lors au gouvernement et ainsi qu'aux citoyens de contribuer collectivement à la mise en marche de ce processus.
Aussi, je me permets de dire à Baudoin qui « entend voir » ses compatriotes de la diaspora «débarquer à Bangui pour créer des entreprise», il me semble qu'il fait partie de cette diaspora, sauf informations contraires. Il ne s'agit pas de donner des leçons à qui que ce soit, mais plutôt faire des propositions mettant à contribution toutes les bonnes volontés.
Mais je peux aussi comprendre l'exaspération d'aucuns qui ne souhaitent plus entendre ces «longs discours» car il nous tarde d'agir.

Cordialement.

Henri Paul Akibata Kette (23/11/2007) : Il me semble nécessaire de revenir sur le travail qui a été fait, et qui logiquement a reçu des critiques de la part des compatriotes. Les critiques ne sont jamais négatives et doivent servir à quiconque de se recadrer ou de se renforcer dans ses opinions. Mais à travers des critiques l’on peut se rendre compte qu’elles peuvent être parfois infondées pour certaines raisons ne relevant forcement de la mauvaise foi.
Les deux premières critiques reçues, rejettent l’idée des discours interminables sans agir. Les compatriotes veulent de l’action par l’entremise d’une descente en masse d’une partie de la diaspora pour créer des entreprises. Belle initiative. Personne ne peut contester pareille réflexion. Mais toutes critiques doivent s’inscrire dans un contexte précis sous peine d’éparpillement.
Le travail qui a été fait s’inscrit dans une logique simple : celle de l’honneur. La Centrafrique vient d’être éligible à l’initiative PPTE. C’est une bouffée d’oxygène, surtout par le volet de la réduction de la dette publique, que je dois reconnaître par l’intervention du compatriote Francis Kopaye. Mais il n’en demeure pas moins que cette initiative a un nombre élevé de contraintes qui, sur la longueur pourront entraver certains efforts pour le développement de la RCA. Dénoncer l’initiative PPTE est l’un des buts de ma tribune.
Le deuxième but poursuivi est de ne point se murer dans les critiques tous azimuts. Il faut proposer. Est-ce nécessaire de rappeler aux uns et aux autres que l’éligibilité de la RCA à l’initiative PPTE a été menée par le gouvernement ? Et comme tel, les propositions faites à travers cette tribune s’adressent au gouvernement dans l’espoir d’une contribution. En agissant ainsi, l’on peut bien penser légitiment que l’on est dans une dynamique d’action, car l’action est définie comme un “fait, faculté d’agir, de manifester sa volonté en accomplissant quelque chose“. Combien de compatriotes ont des idées, des propositions et ne l’ont jamais exprimé ? Que de demander des actions palpables, ce qui est bien. Il convient aussi de reconnaître à ceux qui expriment des idées, une certaine volonté d’action. Cela n’est pas difficile pourtant.
Quelles sont les propositions émises ? Celles de demander au gouvernement de s’atteler à trouver parmi les nombreuses potentialités de la RCA un domaine économique mamelle de son développement, et de financer la formation de l’homme centrafricain dans des domaines scientifiques, techniques et de la santé. Où est le mal dans cette proposition ? Quel centrafricain ne sera pas fier, si un acte pareil a été posé ? Où est l’honneur du centrafricain lorsque, en dépit de ses ressources naturelles, les différents gouvernements n’arrivent à les harmoniser pour l’intérêt unique de la population ? Le dire est-il synonyme de grands discours vains ? C’est une vérité qu’il faut que nous nous en imprégnions pour essayer de faire de ce pays une grande nation, ce qui ne passera que par l’entremise de la formation de l’Homme centrafricain.
Avant de terminer, il y a une chose que semble oublier les uns et les autres. La main d’œuvre centrafricaine est sous-qualifiée. Pour mettre en place des usines, des entreprises dans certains domaines, le personnel qualifié fera défaut en Centrafrique. Et aussi pour des créations massives d’entreprises, il est utile d’avoir un environnement sain où la justice sera garantie, où la lutte contre la corruption ne sera pas un vain mot, où la sécurité ne sera pas seulement pour une certaine catégorie de personnes. Ces choses énumérées ne s’inscrivent pas dans une logique pessimiste. Ils doivent servir à nous aider à orienter l’essentiel de notre énergie, c’est-à-dire bâtir un Etat fort, stable, prospère. Cet Etat sera la superstructure digne de piloter les différentes infrastructures que les uns et les autres mettront en place par les investissements de la diaspora.
Il ne faut pas se verser dans les jugements hâtifs, genre il faut aller investir si tel n’est le cas, il faut se garder de faire des propositions. Je pense qu’un certain nombre de compatriotes réfléchissent aux voies et moyens pour agir efficacement dans le pays. Et si cela n’est encore effectif, il n’est conseillé d’émettre un jugement définitif sur eux, car sachez-le : nos jugements nous jugent. D’ailleurs qui peut se targuer de mettre en ligne ce qu’il a en projet ? Est-ce même sensé de demander cela ? Et rien ne sert de courir, il nous est utile aujourd’hui de bien organiser ce que nous voulons faire de peur de nous retrouver avec le résultat de nos parents.
Ayez confiance en l’avenir et ayez confiance en l’autre qui commence à se manifester sans rien demander en contrepartie.
Singuila mingui.

Nalé Toua (24/11/2007) : Caresser dans le sens du poil est bien "franciscain". Sauf qu'au bout c'est l'immobilisme et le contemplatif. La réitération de mon soutien à la position du frère Baudouin est ici sans ambiguïté, car dans un monde où l'hypocrisie est devenue monnaie courante, dire le fond de sa pensée en public et de manière aussi tranchante relève presque de l'héroïsme.
Nous devons avoir le courage de dire à nos compatriotes qu'ils parlent trop et agissent peu. Le frère Baudouin en parlant du "bla-bla-bla" sait de quoi il parle. Car c'est un homme de terrain. C'est donc l'expérience de terrain qui l'amène à ce constat. Il suffit pour s'en rendre compte de voir la liste de ceux qui se sont inscrits pour soutenir le projet SOLIDEC. A observer cette liste on pourra se demander mais pourquoi ce projet peine à décoller. C'est sans connaître nos compatriotes.
Les beaux parleurs pullulent dans notre société. J'ai parfois la faiblesse d'esprit de croire que la réalité nous échappe et que c'est un problème d'expériences professionnelles. Il y a certes beaucoup d'étudiants qui réagissent sur ce site. Certains ont l'air d'avoir bien appris leur cours. Félicitations ! Sauf qu'à l'école on n'enseigne pas tout parce que certaines choses ne peuvent y être enseignées. Et donc ce n'est qu'à travers une expérience de terrain que l'on peut se faire une idée exacte de la situation, et ainsi éviter de se faire rouler dans la farine par les beaux parleurs et flatteurs de bas instincts.
Pour revenir à nous, Centros de la diaspora, "docteurs en critiques gouvernementaux », qu'avons-nous fait de concret en Centrafrique pour influencer nos gouvernants et peser dans les prises de décisions ? Notre incapacité à nous unir et élaborer un projet concret est patente. Dire qu'on ne peut concevoir sans l'aide du gouvernement est à mes yeux inadmissible. On reconnaît les gens talentueux par leur génie d'innover même dans des conditions critiques. On chante tout le temps que les conditions ne sont pas réunies au pays pour entreprendre, et pourtant les Sénégalais, Camerounais, Béninois, Maliens, Libanais, pour ne citer que ceux-là, s'enrichissent jour et nuit en Centrafrique ! Le Liban, que je sache, est en guerre depuis un quart de siècle ! Et pourtant partout dans le monde les Libanais se sont installés et enrichis. Si les Centros de la diaspora étaient riches, il ne fait pas de doute que l'on pourra changer le cours des choses en Centrafrique. Mais hélas...
Réveillons-nous chers compatriotes, l'avenir de notre pays est entre nos mains.
Patriotiquement...

Francis Kopaye (25/11/2007) : Chers compatriotes,

Je regrette les tournures que prennent souvent certaines interventions sur ce site. Ce site est un outil nous permettant d'établir un contact virtuel, confronter nos points de vue, analyser et proposer des solutions susceptibles d'aider à la résolution des problèmes centrafricains, me semble-t-il.

Grande est ma déception de voir que nous retombons à chaque fois dans des querelles intestines. Nous nous posons la question sur les causes de l'immobilisme, de manque d'engagement de chacun. Mais nous n'avons jamais posé la question sur notre manque de cohésion et de solidarité. Nous citons très souvent en exemple les africains de l'ouest (Burkinabés, Ivoiriens, Sénégalais, Maliens.), ils ont en commun quelque chose de primordial dans un processus de développement : la solidarité.

L'objectif de l'exercice auquel nous nous adonnons sur ce site n'est pas, à mon avis, d'être de connivence avec tel ou tel compatriote, de comparer les interventions ou les actions de l'un ou de l'autre intervenant. Le but de l'exercice n'est pas non plus de targuer, de juger, de mépriser nos compatriotes, de culpabiliser nos gouvernants etc.

Je regrette profondément le pessimisme, l'orgueil, la brutalité de certains propos tenus par certains intervenants. J'ai du mal à percevoir la plus value de telles interventions. L'héroïsme n'est pas dans de telles attitudes, les héros ce sont nos frères et sœurs qui meurent sous les balles et de faim dans le Nord de notre pays.

Ce qui est urgent pour nous et pour notre pays c'est la concertation, l'acceptation de l'autre afin d'amorcer le développement. Aucun développement ne peut se concevoir sans concertation, sans union ni sans paix entre les peuples d'où qu'ils soient.
Si nous voulons agir pour notre pays, alors faisons-le dans le respect de nos différences : les étudions, les paysans, les chômeurs, les travailleurs chacun à son mot à dire, chacun à sa pierre à apporter à l'édifice. L'excellence se trouve dans la réunion, la conjugaison des talents.

Il ne s'agit pas d'attendre de l'aide de notre Etat mais de bénéficier de son encouragement, de son encadrement. Les autres pays précédemment cités en exemple ont la confiance, l'encouragement et l'aval de leur gouvernement respectif. Nous pouvons bien sûr concevoir sans le gouvernement mais nous ne pouvons agir sans lui. Concevoir sans le gouvernement, c'est d'ailleurs ce que chacun fait déjà à travers chaque intervention et proposition sur SOZOWALA.

Nous gaspillons notre énergie à nous critiquer mutuellement, à chercher la moindre faille dans les propos de l'autre. Comment voulez-vous accorder une place importante à la prise de conscience, aux analyses, aux propositions ainsi qu'à l'action collective et/ou individuelle ?

Dans chaque société il existe des « penseurs » et des « faiseurs ». Que ceux qui peuvent concevoir le fassent et ceux qui peuvent agir le fassent !!!
Si nous voulons avoir le crédit, la confiance ainsi que le respect de nos dirigeants, nous devons faire preuve de maturité, de concertation, d'union.

Arrêtons de « tirer la couverture à soi », regardons tous dans une même direction, celle du développement de notre pays afin que règne la paix parmi la nation toute entière.

Cette intervention est un sentiment de ras le bol. Arrêtons de nous ériger en donneurs de leçons, en « docteurs critiques gouvernementaux » !!

Je demeure, pour ma part, convaincu que les volontés existent, la prise de conscience est là, l'amorce du développement tant attendu est au rendez-vous !!!

Unissons-nous filles et fils de Centrafrique. Bâtissons l'avenir de notre patrie dans la concertation et l'action.

Ce site est visité, à ma connaissance, par beaucoup d'étrangers s'intéressant à notre pays, par pitié relevons le niveau du débat et démontrons notre préoccupation collective !!! Que l'intérêt collectif prenne le pas sur l'individuel.

Pardonnez la qualité de cette intervention. Mais j'ai souhaité exprimer avec fermeté et honnêteté mon ressenti.

Patriotiques salutations !!!

Nalé Toua (26/11/2007) : Bla-bla-bla, et encore bla-bla-bla, comme dira l'autre.
Chaque fois qu'on met le doigt là où ça fait mal, afin que nos compatriotes prennent conscience du danger de notre immobilisme, il y a toujours des griots qui surgissent de la pénombre pour distraire la galerie avec leur rhétorique devenue désormais légendaire.

Chers compatriotes, ne dit on pas « Qui aime bien, châtie bien » ! Nous devons avoir le courage de rejeter les « caresses dans le sens du poil » car elles ne servent en réalité que la cause de ceux qui les donnent. Engraisser pour mieux engloutir, c'est ni plus ni moins le but visé de ces «praticiens».
Vous vous souvenez sans doute que le président français, Nicolas Sarkozy, avait parlé en son temps de la « rupture avec une France paternaliste », sous-entendu, hypocrite. Eh bien, moi je vous parlerais de la « rupture avec l'Afrique des griots », ceux-là qui vous endorment au quotidien avec des discours enjôleurs.
A chaque problème, une solution adaptée!!! Regardons donc la réalité en face et agissons en conséquence.

Merci par avance de votre compréhension, et sincères salutations.

Youssoufa Silla (28/11/2007) : Bonjours chers ami(e)s
Pour votre gouverne et pour enrichir le débat, je vous renvoie au site officiel créé spécialement par le gouvernement pour la Table Ronde. Vous allez mesurer par vous même l'étendue du travail abattu par la partie nationale pour convaincre les partenaires à Bruxelles. Personne de la diaspora ou de l'intérieur du pays n'a le monopole de la pensée. Chacun apporte sa pierre à l'édifice. A chacun son tour, le votre viendra. Bravo aux techniciens des différents départements techniques qui ont travaillé sans relâche pendant plus de deux ans pour produire ces documents techniques de haute facture qui ont convaincu les partenaires. Ils ont utilisé des approches innovatrices telle que la programmation axée sur les résultats, le Cadre des Dépenses à Moyen Terme (CDMT), l'approche participative, les enquêtes ménages rapides de type QUIB pour caractériser la pauvreté, les sondages et autres techniques qui ont permis de mesurer le degré de satisfaction des populations de la qualité des services publics, etc... En fin de compte ces travaux ont permis d'investiguer et de proposer des stratégies appropriées au cas centrafricain. Il faut encourager cette jeune génération de fonctionnaires qui se battent comme des lions dans un contexte de travail et de salaire difficile. Grâce à leur sacrifice, le pays a franchi beaucoup d'étapes en très peu de temps. Pour finir voici l'adresse du site de la Table Ronde :
http://www.car-round-table.net/documents
Vous aurez les documents en français et et anglais.
Merci

Youssoufa Silla (28/11/2007) : Avant que je n'oublie, sachez également qu'avant la Table Ronde, le pays a organisé également en juin 2007 toujours à Bruxelles une réunion de concertation de ses partenaires sur sa stratégie de reconstruction. Voici l'adresse du site du Gouvernement à ce sujet. Vous pourrez mesurer la qualité du travail accompli.
Merci
http://www.car-conference.net/documents

 

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