L'arbre à palabre
Tribune de réflexion

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L’IMPACT DE LA FRANCOPHONIE EN CENTRAFRIQUE
 

Par Delano Juvénal Madenga-Lougbia

 

Le 12ème sommet de la francophonie, tenu au Québec du 17 au 19 octobre 2008 s’est achevé dans la confusion car jugée très politique par les stricts défenseurs de la langue française et laisse un goût amer pour la nouvelle génération d’Africains .

Plus besoin de faire un dessin pour comprendre qu’au pays des Centrafricains, la langue française est une langue officielle : parlée dans les administrations, enseignée dans les écoles, véhiculée noblement par les Centrafricains au détriment de leur langue nationale, le Sango, incontestable héritage culturel.

L e but de ma réflexion n’est pas de m’en prendre à la langue française comme moyen ou outil de communication mais de susciter réflexions et débats quant à son impact sur nos langues locales en particulier le sango.

Quels profits tirons-nous exactement du privilège accordé à la langue française ?

Hormis les bourses de francophonie accordées à compte –gouttes et la domiciliation d’un centre culturel français en Centrafrique (pour parler correctement français disons alliance française à Bangui)

Bref, si la langue française a le mérite de compter parmi ses ardents défenseurs les Centrafricains, il serait logique :

- d’exiger à la francophonie la construction, dans chaque préfecture, d’un espace francophone ou point culturel français car la jeunesse centrafricaine ne se résume pas spécialement à celle de Bangui.

- d’exiger à la France la libre circulation des Centrafricains dans l’espace francophone

Face à la francisation à grande vitesse du sango, Il serait utile d’introduire dans notre système éducatif l’enseignement du sango dès l’école primaire. Cela permettrait non seulement de conserver le caractère originel de la langue et la préserver mais aussi d’apprendre à joindre l’écrit à l’oral.

Sous le soleil de la mondialisation, l’émergence d’un pays nécessite son ouverture linguistique et culturelle vers d’autres horizons. De mon point de vue, en plus des centres multiculturels, le pays doit se doter des centres d’études et de valorisation de nos langues et dialectes car si nous minimisons l’emprise de cette machine de propagande de la langue française dans le monde, l’avis de l’Ecrivain MONGO BETI à ce sujet : « La francophonie est une stratégie de contrôle de notre créativité et même de notre devenir » aura peut-être, un jour, raison de nous.

Merci de m’avoir lu.…

Delano Juvénal Madenga-Lougbia
 

 

Réactions à cette tribune

Francis Kopaye (03/11/2008) : Cher Delano,

C'est avec beaucoup d'attention que j'ai lu, comme d'habitude, votre réflexion.
Je comprends très bien votre interrogation et peut-être votre inquiétude quant à la place de la langue française dans notre Centrafrique.

De mon point de vue, il n'est pas nécessaire aujourd'hui de s'interroger sur la prépondérance du Français sur nos langues d'origine, notamment le Sango, mais plutôt de se questionner sur le rôle de celles-ci sur le plan politico culturel. Les manuels de l'Education nationale ont été conçus et dispensés en Français ! Il nous est donc difficile voire impossible de faire autrement aujourd'hui. Mondialisation et globalisation obligent !!! Si les Africains en général et les Centrafricains en particulier doivent continuer d'aller dans les universités européennes et françaises en occurrence, l'apprentissage du Français dès l'élémentaire me parait nécessaire. Quant à notre langue nationale, la tâche revient au gouvernement centrafricain de concevoir une vraie politique en faveur du Sango, par exemple :

- Créer un Centre Culturel Centrafricain dans chaque commune.
- Intégrer des heures d'apprentissage du « Sango littéraire » dans le programme scolaire ;
- Instaurer l'utilisation du Sango, au même titre que le Français, dans l'administration centrafricaine, comme il est d'usage au Cameroun de parler l'Anglais ou le Français dans l'Administration ;
- Les formulaires administratifs doivent être bilingues (Sango & Français).

Je pense que la France ne nous interdira pas de mener cette politique en faveur de la promotion de notre langue, le Sango !! C'est aussi pour cela que dans une récente tribune, j'évoquais la nécessité de la perception et de l'identification de nos racines communes. Et bien, cette perception et cette identification ne passeront que par la valorisation de nos richesses culturelles et artistiques.

En définitive, l'impact de la Francophonie en Centrafrique n'est ni à démontrer ni à combattre. Puisque cette Francophonie s'est profondément enracinée dans nos us et coutumes : parler Français chez nous est un signe de « noblesse » et d'appartenance à une catégorie sociale !! Nous sommes l'un des rares peuples africains à avoir une langue commune parlée sur toute l'étendue du territoire. Celle-ci doit, à ce titre, être le ciment et le point de convergence de nos idéaux. Pour ce faire, nos dirigeants doivent lui (Sango) garantir une place d'une haute importance dans leur politique gouvernementale et un rôle dans leur vision de la société centrafricaine. J'ai toujours eu la faiblesse de penser que les politiques à envisager chez nous dans les domaines culturel, social, économique, sportif ne naîtront que de notre seule volonté commune.
Merci d'avoir posé cette question foncièrement importante mais reléguée au second plan, malheureusement...

Cordiales salutations

Albert Namfeï-Koné (04/11/2008) : "- Créer un Centre Culturel Centrafricain dans chaque commune.
- Intégrer des heures d'apprentissage du « Sango littéraire » dans le programme scolaire ;
- Instaurer l'utilisation du Sango, au même titre que le Français, dans l'administration centrafricaine, comme il est d'usage au Cameroun de parler l'Anglais ou le Français dans l'Administration ;
- Les formulaires administratifs doivent être bilingues (Sango & Français)."

Compatriote Kopaye,
du théorique à la pratique.
Comment financeriez-vous ce programme?

Je précise qu'ici nous devrons dépasser la littérature et parler concret.

Avec tout mon respect,

Albert

Jean Tongba Ouandoli (07/11/2008) : En complément de l'interrogation du compatriote Albert, il faut préciser que la RCA (selon la FAO) compte 11.000 villages répartis en 2300 communes.

Francis Kopaye (10/11/2008) : Chers Albert et Jean,

Vous posez la question du financement de ces propositions; c'est à croire que la Centrafrique ne dispose d'aucun sou pour financer quoi que ce soit. Il existe des Ministères dotés de budgets!! Libre aux responsables de ces Ministères de concevoir ou d'adopter des projets et de trouver les moyens pour les financer. Les sources de financement existent. Nos partenaires au Développement investissent effectivement dans notre pays...

Aussi, l'idée est de commencer par une expérimentation en implantant des Centres Culturels dans des "communes pilotes" ; les heures d'apprentissage du Sango et les formulaires administratifs pourront progressivement suivre ces changements (possibilité de les intégrer dans le programme de Décentralisation entrepris par l'actuel gouvernement). Cette phase expérimentale aura un objectif double :
- Tester la pertinence de ces nouveaux outils
- Etaler le coût du projet à travers un programme pluriannuel. Le privé pourrait constituer une autre source de financement. Bref !

Il ne s'agit pas d'une question de financement mais plutôt de politique gouvernementale : l'orientation des dépenses et des priorités. D'autres sources existent certainement, il suffirait de les rechercher. Comme vous le savez, les modes de financement dépendent naturellement du cadre des projets.

Si la question de financement de nos idées devient un préalable, vu l'état annoncé de nos caisses publiques, il ne serait plus nécessaire de penser à l'innovation et au changement...

Cordiales salutations

Albert Namfeï-Koné (11/11/2008) : Bonjour Compatriote Kopaye,

je loue l'initiative de ta réponse. Je croyais que tu allais m'ignorer. C'est tout à ton honneur, et celui de la démocratie. Je tenais à le dire car il est de coutume en RCA de transposer les contradictions intellectuelles à l'homme et d'opter pour une méthode de rejet voire d'ignorance insolente lorsqu'un compatriote ne partage pas la même opinion. Qu'il soit dit ici et félicité ton attitude démocratique.

Je ne faisais pas de la question du financement de l'initiative culturelle un préalable. Mais tu conviendras avec moi qu'elle est centrale. Lorsque je t'ai apostrophé, j'avais une vague idée sur l'étendue de la question mais les précisions du compatriote Jean m'ont fait froid dans le dos. En effet, si l'on prend une fourchette mineure, rien qu'au niveau de la réalisation des infrastructures. Et si de manière brouillonne on affecte à chaque CCC un budget de 10 millions de Fcfa, l'on se retrouvera rapidement avec un devis brut de 23 milliards de Fcfa auxquels il faudra ajouter les équipements, le budget de fonctionnement ... au final l'on risquera de se retrouver avec un plafond de près de 60 milliards de FCFA et un traitement annuel de 10 milliards de Fcfa
Je suis convaincu de l'importance d'une telle ambition car elle permettra de booster le marché du travail et de la consommation. Mais le problème majeur demeure le fossé qui sépare le théorique de la pratique, d'où mon interpellation du 04/11/08. Mais avant de continuer, je voudrais dire deux mots sur la question du sango VS français.

Tu as dit : « En définitive, l'impact de la Francophonie en Centrafrique n'est ni à démontrer ni à combattre. Puisque cette Francophonie s'est profondément enracinée dans nos us et coutumes : parler Français chez nous est un signe de « noblesse » et d'appartenance à une catégorie sociale !! Nous sommes l'un des rares peuples africains à avoir une langue commune parlée sur toute l'étendue du territoire. Celle-ci doit, à ce titre, être le ciment et le point de convergence de nos idéaux. Pour ce faire, nos dirigeants doivent lui (Sango) garantir une place d'une haute importance dans leur politique gouvernementale et un rôle dans leur vision de la société centrafricaine. »

Pour moi, la question abordée par le compatriote Delano est mal posée. Si tu te souviens, lors de nos précédents échanges, je partais de l'idée que l'esprit de nos textes est un des meilleurs et avant-gardiste en Afrique.
L'article 18 de la constitution du 27 décembre 2004 dit ceci: « ...ses langues officielles sont le sango et le français ». dans l'ordre, le sango vient avant le français. En 1984 le président Kolingba avait pris un décret instituant le vocabulaire officiel du sango. Sans oublier l'ILA et le formidable travail de Marcel Diki Kidiri du CNRS qui a rendu le sango plus vivant et visible. Sur le plan institutionnel, nous sommes blindés.

En décembre de l'année passée, j'ai assisté à une rencontre organisée par l'Institut de linguistique Appliquée de l'université de Bangui sur la modulation des dispositifs du décret de 1984 à cause de l'évolution du sango parlé. La majorité des participants à cette rencontre avait opté pour garder l'esprit du décret de 1984.

Le sango est devenu langue officielle depuis 1992 au même titre que le français même si c'est depuis 1963 et le congrès du Mesan de Berberati qu'il fut promu langue nationale.

Le problème n'est plus institutionnel mais dynamique. Il est comportemental.

Jusqu'en 1906, le sango était connu sous le nom de Dendi. C'est à partir de cette date là que l'administration coloniale s'appuyant sur les gens du fleuve « Ngbandi » pour occuper le centre et le nord de l'Oubangui-Chari, participa à son émancipation.

Les missions catholiques optèrent dès 1900 pour l'utilisation des langues vernaculaires que le Dendi. C'est l'arrivée des protestants en 1920, pragmatiques et moins francophones qui optèrent pour le sango. C'est grâce à eux que nous avons les premiers essais de codification du sango. Cette dualité catholique/protestant va nous donner un double sango qui perdure jusqu'aujourd'hui, en voici quelques exemples:

Catholique                  Protestant                     Français

londo                            loundou                         se lever
loungoula                    lounguèla                      enlever
kojoni                            kodjoni                           avant
mokonji                        makoundji                     chef
gbia                               seigneur                         seigneur

Dans la réalité, nous avons deux sango. Le catholique qui est parlé dans la moitié du pays, du sud au centre et le protestant qui est parlé du centre à l'extrême nord. Le non enseignement du sango comme langue, rend difficile l'uniformisation linguistique. Elle paraît bénigne. Mais elle peut à la longue constituer un véritable problème. Le développement du sango, le complexe de l'élite...feront parti du passé lorsque les autorités accepteront de reformer les instituteurs et permettre l'enseignement du sango d'abord comme langue dès le primaire sur une période de 6 ans puis migrer ensuite vers une option linguistique fondamentale. Cela ne coutera pas grand chose au maigre budget de l'état que deux ou trois voyages en moins au chef de l'état. Bénéficiant de l'environnement institutionnel favorable dans l'esprit, la révolution sango peut se faire en l'espace d'une décennie.

Au lendemain des indépendances, le sango fût naturellement ressenti comme la seule langue qui soit véritablement porteuse de l'identité Centrafricaine, à la fois par opposition à l' identité des ethnies, portée par les langues vernaculaires. Le problème dès ce moment là a été la mauvaise évolution du sango. Elle s'est faite et se fait encore en dehors du lieu privilégié où se forge la nation c'est-à-dire le système scolaire.
Cet ordre sociolinguistique se passe indépendamment de toute politique linguistique nationaliste, seule susceptible d'intégrer; en les pondérant, tous les facteurs (politiques, économiques, juridiques, culturels, linguistiques) concourant à la formation d'une nation et à la standardisation d'une langue nationale.

En juin 1963, le congrès du Mesan de Berbérati recommanda au gouvernement une série de mesures en vue de promouvoir le sango. Deux années plus tard, un Comité national pour l'étude du sango (CNES) fut créé, par décret le 15 janvier 1965, avec mission de codifier l'orthographe du sango et de réaliser un dictionnaire et une grammaire. Le CNES a travaillé une année, avec la collaboration de Luc Bouquiaux, chercheur au CNRS envoyé comme consultant par l'UNESCO, Marcel Diki-Kidiri et J- M Kobozo. A l'issue de ces travaux, un alphabet fut proposé au gouvernement. Ce fut la première et la dernière réalisation du CNES.
En février 1974, l'Institut pédagogique national fut créé, avec mission, entre autres choses, de préparer la réforme du système éducatif, l'introduction du sango dans le système scolaire, et d'organiser l'alphabétisation fonctionnelle des adultes en sango. Il diffusa l'alphabet sango du CNES et l'utilisa dans ses ouvrages pédagogiques. Malgré des résultats jugés très positifs par les pédagogues, notamment à l'école Saint-Charles de Bangui, l'expérience ne fut pas poursuivie, et, après avoir étendu l'enseignement du sango à 120 classes primaires en 1976, elle fût abandonnée. C'était un faux départ, mal préparé et mal conduit, puisqu'on ne prit même pas la peine de former les maîtres.

Il fallut attendre 1984 pour enregistrer de nouvelles mesures officielles, en faveur du sango. Le décret du 28 janvier 1984 dotait le sango d'une orthographe officielle qui, pour la première fois, tenait compte des travaux de recherches linguistiques menés au CNRS par Diki-Kidiri. Deux mois plus tard, L'article 36 de l'ordonnance 841031 du 14 mars 1984 stipule que

« l'enseignement est donné en français, langue officielle, et
en sango, Langue nationale. La fixation de 1'orthographe sango ainsi que les modalités de recherches et des études sur cette langue seront déterminées par décret. »

Cette ordonnance avait pour objet l'organisation de l'enseignement en République centrafricaine. I1 avait été précédé, en avril 1982, par un grand séminaire de réflexion sur la réforme éducative, dont les actes constituent les grandes orientations voulues par le gouvernement dans ce domaine. Le séminaire recommandait spécialement les actions suivantes pour la promotion du sango, en vue de utilisation intensive dans les domaines modernes d'activité :
1. Le maintien de la langue sango comme matière et véhicule de l'enseignement
2. La mise en place d'une planification des recherches pour l'enseignement du sango

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la colonisation aura été l'atout majeur de l'expansion du sango.
L'avenir du sango est dans le français et l'avenir du français en RCA est dans le sango. Il paraît inopportun d'opposer l'un à l'autre mais d'ouvrer pour tirer profit des deux. Le schéma qui suit, inspiré des travaux de Marcel Diki Kidiri, J-M Kobozo et Mme Wenezoui irait très bien à la RCA, pour peu qu'on se donne la volonté.
[La langue française et dans une certaine mesure la culture française font désormais partie des ingrédients de la culture centrafricaine d'aujourd'hui et de demain. C'est pourquoi le schéma intégrateur que j'esquisse ici vise à un « bilinguisme convivial ». J'appelle ainsi le bilinguisme qui permet à un agent en exercice de rendre à chaque interlocuteur la meilleure qualité de service possible, en utilisant la langue la mieux maîtrisée par l'interlocuteur dactylographié ou parlé.]

En effet, le problème est celui de la volonté. Au lieu de pencher pour une approche où l'on construira 2300 centres culturels centrafricain. J'opterai plutôt pour une maximisation des centres scolaires centrafricain. Tous les centres urbains et ruraux centrafricains disposent au minimum d'une école primaire. La couverture scolaire est intéressante même si quantitativement il y'a d'énormes disparités. Ces centres scolaires peuvent servir la journée pour l'apprentissage et le soir pour l'animation culturelle. Voilà pourquoi je t'avais interrogé sur la source de financement. Car tout n'est pas que de lancer des idées. Les gens du pouvoir n'en manquent pas. Lorsqu'on avance une idée, on doit être capable de la défendre sur tous les angles. Sinon, c'est du spiritisme intellectuel. La différence entre nous et nos pères est au niveau de la méthode. Je sors une idée, je l'aligne sur la réalité, je la chiffre, je la présente et la rend crédible...partant de là, je me rends aussi crédible.

« c'est à croire que la Centrafrique ne dispose d'aucun sou pour financer quoi que ce soit. Il existe des Ministères dotés de budgets!! Libre aux responsables de ces Ministères de concevoir ou d'adopter des projets et de trouver les moyens pour les financer ».

Soit nos responsables sont de mauvaise foi et refuse que le pays avance ou ils sont aveugles et ne voient pas l'argent qui est à portée de main. Je comprends seulement que toi, tu sais où se trouve l'argent. Je t'invite donc patriotiquement à te mettre au travail en postulant pour l'après dialogue au poste du ministre de l'éducation ou de la culture ou à te préparer à affronter le suffrage universel en 2010. Des deux situations, tu auras mon soutien patriotique.

Avec tout mon respect.

Francis Kopaye (11/11/2008) : Cher Albert,

C'est avec beaucoup d'attention et d'intérêt que j'ai lu votre réaction qui est particulièrement édifiante.
Je suis un démocrate et aime les débats d'idée. J'avais promis que je suis disposé à débattre avec vous sur toutes les questions qui concerneraient le développement de notre Centrafrique. Bref !!

Votre intervention a mis en lumière les éléments nécessaires à la compréhension et à la tentative de résolution de la question posée par le compatriote Délano, laquelle question a motivé les quelques propositions que j'ai émises ça et là.
A bien y regarder, la question n'est définitivement pas financière, me semble-t-il. Puisque sur le plan institutionnel, la Centrafrique est significativement outillée et que nos partenaires financiers et institutionnels (La Chine, l'Agence Française de Développement, le PNUD.) injectent des fonds destinés à des projets ayant une finalité liée au développement. L'idée de mobiliser également les fonds privés n'est pas à exclure. C'est à mon humble avis une question d'orientation de politique gouvernementale. A cet effet, j'ai évoqué dans une précédente tribune l'idée de créer un Pôle chargé de Prospectives, comme il existe dans les grandes entreprises des Pôles Recherche & Développement. Ce pôle chargé de Prospectives aura par exemple pour objectifs spécifiques de :
- Entreprendre des analyses de politique générale susceptibles d'assister et d'orienter les actions ministérielles ;
- Mettre à l'ouvre tout le potentiel des institutions centrafricaines en vue des programmes communs de recherche pour des actions à court, moyen et long terme sur le plan sous régional, africain et international;
- Préparer les analyses poussées de politique économique, sociale et culturelle du point de vue national ;
Ce nouveau Pôle aura pour objectifs généraux :
. D'évaluer la stratégie, d'indiquer les différentes options possibles, et offrir une vision équitable et équilibrée de l'avenir ainsi que des directives aux fins de la réalisation planifiée des objectifs souhaités.
. Par delà les problématiques Centrafricaines, ce Pôle chargé des Prospectives devra se pencher aussi sur les grands défis du monde moderne (Environnement, Communication.). C'est pourquoi il devra être doté d'un pôle Recherche et Innovation.
On pourrait intégrer aux missions de ce pôle la capitalisation et la mobilisation effective des moyens humains, matériels et financiers nécessaires à la réalisation des projets. En ce sens, les missions de l'actuel Ministère Délégué au Guichet Unique pourraient être prolongées ou simplement modifiées par celles de ce futur Pôle.
Quant à l'idée de postuler à un poste ministériel ou de solliciter le suffrage de mes concitoyens, il me semble que ceci nécessite un engagement politique voire partisan. Ce qui n'est pas mon cas aujourd'hui. Je n'ai jamais fait mystère de mon envie de contribuer au développement de mon pays. Je saurai, au moment venu, y répondre concrètement.

Delano Juvénal Madenga-Lougbia (13/11/2008) : Francis, en retour, sachez que je lis toujours avec une attention particulière vos billets.
Le contraire de votre conclusion [1ère intervention] m'aurait surpris. Il est donc assez aisé de comprendre l'exception centrafricaine caractérisée par la négligence du primordial.
Je prends entièrement partie de votre deuxième intervention et j'oriente premièrement le choix de financement à l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Elle dispose des fonds pouvant être alloués à ce type de projets en guise de compensation.
Compatriote Albert, merci pour ce rappel de l'histoire. J'apprécie entre autres l'esprit préventif de nos compatriotes qui ont consacré leur temps au service du sango malheureusement le résultat demeure tristement inexploité. Le déficit de vision que nous avons de certaines organisations notamment la Francophonie nous laissera un jour stupéfaits voire dubitatifs. Je ne rejette pas l'idée de véhiculer la langue française comme canal d'expression. Elle est déjà entrée ouvertement chez nous par la colonisation. L'opposer au sango serait un coup d'épée dans l'eau vu l'étendue de l'espace francophone (mondial) .Cependant, son impact en R.C.A suscite des interrogations tant il influence le quotidien culturel et politique du Centrafricain:
Le sango est une richesse culturelle centrafricaine comme le français l'est aux Français. Comme toutes les langues, il revêt un caractère conservateur et protecteur facilitant sa transmission intergénérationnelle. Si l'on se positionne sur une échelle temps, on s'aperçoit que la langue française s'est modernisée tandis que le sango s'est considérablement francisé. Dans l'hypothèse où vous admettez la francisation du sango comme une modernité, dans ce cas, vous mettez à plat le travail des spécialistes sérieux que vous avez cités.
Par ailleurs, nous remarquons qu'en hexagone, Maison Mère de la Francophonie, la valorisation des langues régionales n'a jamais été négligée et devient de plus en plus une priorité pour les élus. On entend parler des cours de breton, de ch'ti, de picard, etc. Le tout couronné des œuvres littéraires et artistiques. C'est dire à quel point les premiers francophones sont avant tout de stricts défenseurs de leurs valeurs culturelles locales.
« L'avenir du sango est dans le français et l'avenir du français en RCA est dans le sango »
J'admets pleinement que l'avenir du sango appartient aux Centrafricains et l'avenir du français en R.C.A appartient à la Francophonie.
[La langue française et dans une certaine mesure la culture française font désormais partie des ingrédients de la culture centrafricaine d'aujourd'hui et de demain.]
Vous paraphrasez ici l'impact culturel de la Francophonie en Centrafrique. En effet, la réciprocité de cette affirmation ne sera jamais une réalité. Pourquoi, seule, la langue française a le pouvoir d'entrer dans des cultures étrangères, les transcender et ensuite bouleverser des mentalités avec la complicité des autochtones ?
Je n'ose pas croire que vous prendrez ce témoignage patent avec des pincettes :
Dans ma tendre jeunesse en Centrafrique, j'ai fréquenté un établissement scolaire dont le savoir était dispensé, en grande partie, par des missionnaires et coopérants français. Leur influence au sein de l'établissement n'était pas à démontrer et les élèves y étaient internés. Au sein de l'établissement, en jours ordinaires, parler le sango était réprimandé. Les auteurs, privés de sieste, se voyaient confier des travaux manuels sous un soleil de plomb et à la merci de la nature.
Le but de cette pratique était de nous priver du sango et laisser place à la maniabilité du français. Le temps m'a permis de prendre conscience de l'aspect négatif de cette pratique et je ne suis pas loin d'affirmer qu'elle représente un « crime linguistique », un drame imposé à la conscience des enfants (mineurs que nous étions en majorité) de se reconnaître comme telle : c'est-à-dire Centrafricains.
La langue française est une richesse et une réelle chance pour notre peuple vu l'étendue de l'espace francophone planétaire. Malheureusement elle a causé des dégâts culturels dans notre société et il y a urgence, malgré nos divergence d'idées sur ce sujet, d'envisager des politiques de promotion et de valorisation de nos langues locales afin de rechercher l'équilibre linguistique adéquat. Je reste convaincu que si nous restons acteurs et spectateurs de cette propagande, elle s'annonce comme la mort annoncée de nos langues locales, le sango en particulier.

Mes salutations

Thomas xxx (13/11/2008) : J'aimerais apporter mon grain de sel à cette discussion très intéressante. Cependant, je me bornerais à l'aspect cultuel.

La langue est le code utilisé par une culture pour exprimer sa pensée et sa vision du monde qui l'entoure. Elle contribue donc à la formation d'une construction intellectuelle et est en phase avec la représentation sociale, culturelle et scientifique.

Si notre code/notre langue est substitué au français ou à n'importe quelle autre langue il y va de la perte de notre identité. Sans identité nous devenons malléable de ce fait nous ne pouvons pas contribuer au monde d'aujourd'hui mais plus grave notre mode de pensé s'en trouve affecté.

La richesse des centrafricains ne peut s'exprimer qu'avec tous leurs potentiels. Ce potentiel ne peut s'exprimer qu'avec le code/langue qui a vu naitre ce peuple. Par conséquent, faire une croix sur le sango c'est brider notre potentiel intellectuel.

Il est important que le sango, langue maternelle des centrafricains soit la langue de la Centrafrique politique, scientifique, culturelle, artistique et administrative. Notre potentiel de développement individuel et de groupe connaîtra sa pleine puissance avec son paradigme qui lui est propre porté par sa langue.

Du fait, de l'esclavage et de la colonisation l'identité centrafricaine ou plus généralement l'identité centrafricaine n'est plus en phase avec le monde d'aujourd'hui mais il ne tient qu'a nous africain et centrafricain de nous élever. Il est évident que le sango en a subit les dommages et qu'il faudrait une adaptation de la langue pour la mettre en phase avec la science d'aujourd'hui, la politique d'aujourd'hui, la culture d'aujourd'hui...Cela n'est pas véritablement un problème. Comme toutes les langues il est possible avec la racine de la langue (langue mère) d'adapter sa langue sans pourtant l'écarteler avec une autre langue (ex: le français). A ce propos voici la référence d'un livre qui traduit très bien cela:
http://www.menaibuc.com/La-methode-ARTE-ou-Methodologie

Salutation,

Jean-Noël Yaboro (16/11/2008) : Cher Delano bonjour,
J'étais très touché par ta réaction.
Dire que le sango devrait être enseigné à l'école, utilisé comme outil de communication dans les administrations serait un enjeu pour le développement de notre pays et de la langue Française qui est parlée dans un bon nombre de pays. Chers amis soyons sérieux en nous même, le français que le colonisateur nous avait enseigné n'est pas encore du tout maîtrisé .Un exemple prenez un élève Centrafricain et le comparer à un élève Béninois vous verrez qui a le niveau en français et pourtant ces deux pays ont une langue nationale qui est parlée sur toute l'étendue du territoire. Pour moi l'idéal est de négocier avec les partenaires au développement plus particulièrement la coopération française afin qu'elle nous implante dans nos préfectures des centres culturels français afin de permettre à nos jeunes frères la maîtrise de la langue française. Il reviendra au gouvernement d'insérer le sango dans les programmes scolaires afin d'éviter sa francisation. Je pense qu'il ne nous est pas défendu de valoriser notre langue, une chose du sérieux et la conscience en soi. Merci.

Thomas xxx (19/11/2008) : Bonjour,

J'ai deux questions d'ordre pratique :
- Pourquoi cette volonté de vouloir garder le français ?

- Pourquoi franciser (donc dénaturer) le sango ? (cette question est plus destiné à un linguiste)


Le problème du français en Centrafrique ou de toute autres langues non originaires de Centrafrique est que cela exclut d'emblée la jouissance de tout le potentiel d'un Centrafricain. Voici un simple exemple pour illustrer mon propos: Pensez-vous qu'il est plus pratique d'expliquer le théorème de Pythagore en français ou en sango pour un jeune centrafricain ?

Voyez-vous quelle est l'étendue du problème avec la langue française implantée en Centrafrique ou la francisation du sango ?

Cordialement,

Francis Kopaye (20/11/2008) : Cher Thomas,

N'étant pas linguiste, je vais tenter, à mon niveau, de répondre à votre 1ère question.
Les Centrafricains sont d'accord, à large majorité, que le Français fait partie intégrante de notre culture linguistique. L'ancrage du Français dans nos pratiques nous oblige inéluctablement à son utilisation. Quand bien même que le texte fondamental de la Centrafrique institut le Sango et le Français au même titre, combien de nos compatriotes parlent le Sango dans nos Administrations ? Dans certaines familles centrafricaines, parler Français est un signe de « bonne éducation !! ». Vous alignez d'ailleurs un exemple qui répond indéniablement à votre première question et à une certaine mesure, à la seconde.
De mon point de vue, la démarche n'est pas d'éliminer le Français au profit du Sango ou le contraire. Il s'agit de faire cohabiter ces deux langues qui, je le redis, font partie intégrante de notre culture. Il y a nécessité de rendre équitable l'utilisation des deux langues en mettant en ouvre les moyens que d'aucuns ont proposés ça et là.
Face aux défis modernes, à l'idée de la mondialisation et de la globalisation, cette langue importée de l'Occident doit être perçue comme un avantage. Je pousserai la comparaison en évoquant le FCFA. Pouvons-nous aujourd'hui adopter une autre monnaie ?

J'espère avoir apporté un premier élément de réponse à vos questions (surtout à la première).

Sincères salutations.

Thomas xxx (20/11/2008) : Francis Kopaye,

Merci pour cette réponse. La deuxième question que j'ai posé dans mon précédent message n'est pas de première importance. Donc je vais me concentrer sur votre réponse.

Tout d'abord j'ai beaucoup de mal à associer le français à la culture centrafricaine. La langue française a été imposée pour le colonisateur pour des considérations géopolitiques. En effet, l'introduction d'une langue étrangère en tant que langue nationale renforce l'idée d'aliénation et de domination culturelle. Il faut savoir que seul les peuples qui disposent d'un poids culturel fondés sur des institutions stables, un réseau d'écoles et des traditions écrites, réussissent a survivre, même après avoir été conquis par les armes.

Cela permet d'expliquer des consensus comme la francophonie ou le commonwealth. Vous l'aurez compris le but n'étant pas de "partager" une culture mais d'en écraser une pour mieux réorienter les pensées. D'ailleurs, je constate avec effroi que cela fonctionne à merveille :
- "français = langue nationale"
- "français = signe de bonne éducation"
- "français = fais partie de notre culture"

Tout cela est tout simplement une hérésie. Vous remarquerez que le continent africain est le seul continent au monde avec des pays qui veulent faire cohabiter leurs langues maternelle avec une langue étrangère.

De plus, comme je l'ai déjà dit une culture est porté par sa langue de ce fait une cohabitation français/sango s'avère à mon sens impossible puisque la culture française est bien différente de la culture centrafricaine.

Pour finir, sur ce point je tient à vous montrer un dés discours de Jacques Chirac à l'époque président de la république :

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"L'Histoire a connu, il y a bien longtemps, la révolution agricole, puis plus récemment la révolution industrielle. Elle aborde la troisième révolution, celle de l'information. Nous en connaissons les effets : les liens sociaux, les relations professionnelles, les initiatives culturelles passent dorénavant par les ordinateurs connectés. Nul n'en conteste les aspects bénéfiques. Soyons aussi conscients des dangers que cette révolution recèle : celui de voir se creuser encore, et de manière irréversible, l'écart entre pays riches et pays pauvres. Celui aussi de l'uniformisation culturelle. Ainsi, aujourd'hui, 90% des informations qui transitent par Internet sont émises en langue anglaise, parce que les outils et les serveurs sont dédiés à l'usage exclusif de cette langue.

L'enjeu est clair : si dans les nouveaux médias, notre langue, nos programmes, nos créations ne sont pas fortement présents, nos futures générations seront économiquement et culturellement marginalisées. Sachons, demain, offrir à la jeunesse du monde des rêves francophones, exprimés dans des films, des feuilletons et valorisant la richesse culturelle et la créativité de chacun de nos peuples.

Il faut produire et diffuser en français. C'est une question de survie. Il faut unir nos efforts. .Les pays du Sud peuvent et doivent participer à ce combat, qui n'est pas seulement celui de la francophonie. Les hispanophones et les arabophones, tous ceux qui s'expriment en hindi ou en russe, en chinois ou en japonais, sont confrontés à la même menace que nous. J'appelle la francophonie à prendre la tête d'une vaste campagne pour le pluralisme linguistique et la diversité culturelle sur les info-routes de demain. Je souhaite que cet appel de Cotonou marque fortement cette ambition et soit entendu et compris dans le monde entier."

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Avez-vous saisi l'enjeu linguistique qui se joue ? Le problème de l'Afrique n'est pas simplement l'occident qui joue avec ce continent ou les chefs d'états avec une incapacité flagrante à gouverner un pays, c'est aussi un problème d'aliénation culturelle et nous sommes en plein dedans et nous sommes mêmes prêts à croire que le français nous fera que du bien. Je tiens à rappeler que la réplublique de Centrafrique a été colonisé et donc pillé par la France. Dans ce cas, il ne faut pas s'attendre a ce que la France aide la Centrafrique à se développer culturelle ou économiquement.

Je termine sur ce dernier point que vous avez évoqué :

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Face aux défis modernes, à l'idée de la mondialisation et de la globalisation, cette langue importée de l'Occident doit être perçue comme un avantage. Je pousserai la comparaison en évoquant le FCFA. Pouvons-nous aujourd'hui adopter une autre monnaie ?
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C'est exactement l'idée d'aliénation dont je parlais, voici ce que cela donne sous une autre forme:
- Langues africaines = passé
- Langues européennes = modernités

Cela est complètement faux ! Comment le français s'est développé ? Comment le Sango peut se développer pour atteindre le niveau de modernité d'aujourd'hui ?

Voici le lien d'un livre que j'avais précédemment donné vous pourrez en lire quelques pages : http://books.google.fr/books?id=DugYrdyG-00C&pg=PA61&dq=m%C3%A9thode+ARTE#PPA5,M1

Et pour terminer, j'aimerais répondre à la question suivante que vous avez posé :
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Je pousserai la comparaison en évoquant le FCFA. Pouvons-nous aujourd'hui adopter une autre monnaie ?
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Le franc CFA était une sous-monnaie du franc français et aujourd'hui une sous-monnaie de l'Euro. Lorsque l'euro s'envole le franc CFA aussi. De ce fait, on peut facilement dire que la Centrafrique n'a pas la maîtrise de "sa" monnaie, elle n'en contrôle pas les prix, ni les taux d'intérêts. Savez-vous très précisément ce que cela implique ?
Ce que je peut vous dire c'est qu'un pays qui ne maîtrise pas sa monnaie ne pourra jamais se développer.

Voyez-vous ou nous mène l'aliénation ? Sur tous les plans nous sommes perdants aussi bien linguistiques qu'économiques. Ce débat est très important et les priorités de l'Afrique ne sont pas politiques, ni financière mais culturelle car il faut nous débarrasser ce qui nous a fais tant de mal. Sans cela, nous continuerons de baigner dans les idées reçues.

Vous l'aurez compris, je suis pour la souveraineté monétaire et la souveraineté culturelle.

Salutations,

PS: Quel est l'avantage pour la France d'avoir créer une sous-monnaie (je rappel que cette idée vient de l'Allemagne nazi) ? Voici la réponse : http://www.dailymotion.com/relevance/search/Le%2BFranc%2BCFA%2Bet%2Bles%2Bcomptes%2Bd%25E2%2580%2599op%25C3%25A9rations/video/x3in1w_le-franc-cfa-et-les-comptes-doperat_politics

Brice Goddot Nzonguia (21/11/2008) : Bonjour,

Je me permets d’apporter quelques observations, quant à la pratique du Sangö et du Français en Centrafrique. Mon approche sera tout simplement celui de l’utilisateur quand il parle (Orateur ou l’Interlocuteur) ou quand il écrit.

Le Sangö est avant tout la Langue Nationale, celle parlée par tous les Centrafricains. Elle est aussi la Langue Maternelle, celle qui est parlée au sein de la famille dans la majorité, en Centrafrique.
Elle bénéficie, de ce fait, d’un encrage fondamental et potentiel en Centrafrique. C’est donc l’identité culturelle telle que définit Monsieur Thomas xxx.

Le Français, Langue Etrangère importée lors de la colonisation, apporte certes une autre culture. Il est utilisé comme moyen de communication et perçu comme « Moyen de Promotion Social » du fait que l’ensemble des documents aux services de l’Etat et dans son administration, soit traduit dans cette langue.

Nul n’ignore que la pratique de deux (ou plusieurs) langues au sein d’une population, peut avoir des impacts en faveur d’une de ces langues. Ce qui éveillera votre attention et génère ce sursaut patriotique, de défendre votre IDENTITE : le Sangö.

En tant qu’INTERLOCUTEUR
Il est plus simple aux Centrafricains de comprendre la personne qui s’exprime en Sangö car c’est la langue maternelle et la plus parlée par rapport aux Français. D’où l’idée d’enseigner, par exemple, en Sangö pour une meilleure compréhension pour les élèves.

Afin de répondre à Monsieur Thomas xxx lorsqu’il s’interroge sur la question suivante, je cite : « Pourquoi cette volonté de vouloir garder le Français ? ». Je dirai que ce n’est pas une volonté, mais plutôt une NESSECITE, car le Sangö demeure encore une langue incomplète (ce qui introduit le volet ci-après)

En tant qu’ORATEUR
Il y a un travail fait en amont par les personnes précitées par Monsieur Albert NAMFEI-KONE qui mérite une meilleure appréciation. Ce travail a permis la définition d’un alphabet (Centrafricain) et la parution du dictionnaire Sangö.

Cependant, lorsqu’on parcourt ce dictionnaire, on constate que l’alphabet utilisé est « calqué » sur les 26 lettres de l’alphabet Français, à la différence qu’il existe beaucoup de ponctuations sur les mots en Sangö.
Ces ponctuations utilisées pour distinguer les homonymes (les mots qui s’écrivent et/ou se prononcent de la même façon mais qui ont un SENS DIFFERENT) ou pour certains mots lorsqu’ils sont employés en tant que nom, verbe ou adjectif (ou adverbes) ne rendent pas le Sangö pratique dans son ECRITURE.

Exemple 1 : le mot « Papa » en Sangö, n’est pas ponctué de la même manière lorsqu’il désigne la cuillère, les chaussures (tapettes) ou une querelle.

Exemple 2 : « Mbi TENE na mo fadé TENE so ti TENE mo ga mo ba lo »
(En français : je te l’avais dit pour que tu viennes le voir)

Cette phrase illustre les ponctuations possibles sur le mot « TENE » utilisé en tant que Verbe, puis Nom et à la fin Adverbe et les autres mots.

Chaque Centrafricain l’écrira à sa manière car nul ne maîtrise les accents :
      - Aigu lorsqu’il faut « baisser » les intonations,
      - Grave lorsqu’il faut « monter » les intonations,
      - Les Tréma lorsqu’il faut « garder » les intonations,
      - Et d’autres

D’autre part, le manque des mots dans le vocabulaire Sangö se fait ressentir lorsqu’on essaye de traduire une phrase de Langue Etrangère dans nôtre Langue. Le Sangö le DECRIT (Exemples)
       - chemise : Ndouzou ti bongö,
       - spatule : Papa to gozo,
       - vert : nzoroko ti kougbé ti ngoundja
       - télé : Da singa lè
       - bible : Mbéti ti Nzapa

Ce qui est dit en un mot dans une langue étrangère, le Sangö le décrit en plusieurs mots.

Je vous invite à traduire la phrase suivante : « Une spatule sur la chemise verte »
En Sangö : « Papa ti gozo so a yèké na ndo ti ndouzou bongö so nzoroko ni a ké ti kougbé ti ngoundja » (Enfin, j’ai essayé)

Vous remarquerez qu’à défaut de mot, le Sangö n’est pas explicite et l’on se contentera de décrire ce que l’on veut exprimer.

Pour mieux étayer mes observations, je reprendrais ce qu’avait dit Monsieur Thomas xxx : «… Voici un simple exemple pour illustrer mon propos: Pensez-vous qu'il est plus pratique d'expliquer le théorème de Pythagore en français ou en Sangö pour un jeune centrafricain ?»

Je partage son avis lorsqu’il pense que le jeune Centrafricain comprendra mieux dans sa langue maternelle (il est l’INTERLOCUTEUR)

Mais en tant qu’ORATEUR pourriez-vous, nous traduire le théorème de Pythagore (que je rappelle ci-dessous) appliqué au triangle rectangle, en bon Sangö de manière explicite pour qu’un jeune Centrafricain le comprenne ?

« Pythagore : Le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés »

J’invite tous les intervenants à participer à cet exercice pour réaliser la difficulté de traduire en Sangö.

Je pense pour ma part que, outre le travail effectué en amont par les personnes précitées par Monsieur Albert NAMFEI-KONE, le Sangö doit s’enrichir encore. De ce fait, il faut redéfinir cette langue :
        - reste-elle le dialecte d’une ethnie (Insuffisance de Mots)
        - doit-on lui donner une autre dimension de Langue Nationale en intégrant certains mots qui viennent des autres dialectes pour compléter le vocabulaire?
        - quel travail reste à peaufiner dans son Ecriture pour la rendre plus explicite.


Un autre sujet m’interpelle, celui de savoir par quel moyen promouvoir le Sangö. Les avis seront multiples et partagés.
Le cas du Français parlé en Centrafrique devient un exemple précis. Cette Langue ne s’est pas développée grâce à plusieurs Centres Culturels (il y en a qu’un depuis le temps : le Centre Culturel Français devenu l’Alliance Française)

Son expansion est due à sa pratique à l’école, puisqu’en définition, l’école est obligatoire et tout le monde passe par là.
Le Sangö doit être enseigné dans nos écoles, mais à ce jour l’enseignement n’est pratiqué qu’à l’oral comme le font les Journalistes à la Radio Centrafrique.
Il ne pourra remplacer le Français qui est notre seul moyen de communication à l’écrit.

D’autre part, le fait que les parents intéressent leurs enfants à parler le Français à domicile (en Centrafrique) ne doit pas être perçu comme « Signe de Bonne Education », mais plutôt comme une incitation à la l’apprentissage de cette langue, qui est réellement un Moyen de Promotion en Centrafrique, ne serait ce que pour lire et comprendre.

L’inverse doit se produire à l’étranger chez les Centrafricains, lorsque la langue maternelle devient le Français (en France par exemple) et c’est le Sangö qu’il faut apprendre aux enfants.

Singuila

Thomas xxx (20/11/2008) : Mr. Brice Goddot Nzonguia,

Merci d'avoir fait porté ce débat à ce niveau. Vous pointez du doigt des problèmes de fond auquel j'ai envie d'y répondre. Malheureusement, le manque de temps du à mon activité professionnelle ne me permet pas d'y répondre tout de suite. Je répondrais donc la semaine prochaine.

Salutation,

Thomas xxx (24/11/2008) : Cher Brice Goddot Nzonguia,

Je comprends trés bien la problèmatique que vous soulevez et je vous remercie d'avoir répondu
à ma question principale. Développons ce point.

Citation:
Afin de répondre à Monsieur Thomas xxx lorsqu'il s'interroge sur la question suivante, je
cite : « Pourquoi cette volonté de vouloir garder le Français ? ». Je dirai que ce n'est pas
une volonté, mais plutôt une NECESSITE, car le Sangö demeure encore une langue incomplète (ce
qui introduit le volet ci-après)

Effectivement, le Sangö est une langue incomplète mais dans ce cas pourquoi "laisser" la langue
française s'introduire. Je comprends très bien votre point de vue concernant le développement
de notre langue. Toutes les langues ont évolué et la question qu'il faut se poser c'est comment
ces dites langues ont pu évoluer en gardant toutes les spécificités de leurs cultures ?

Ce qu'il se passe en Centrafrique n'est pas une évolution du Sangö. D'ailleurs, on parle de
francisation du Sangö. Il s'agit donc de "cannibalisme" linguistique. Lorsqu'un mot ne
trouve pas d'équivalence écrit ou oral on le remplace par un mot français. Ce mot va donc vers
sa disparition.

Maintenant, si on regarde de prés les langues qui ont évolués en gardant tout leurs paradigmes
on constates que cela a pu se faire grâce à la racine de langue. C'est le cas pour le français
avec le grec et le latin. La langue mère du Sangö n'est pas le français. D'ailleurs, le français
est une langue gréco-latine et le Sangö est une langue qui appartient à la famille Nilo-Saharienne.

Dans ce contexte on peut effectivement parler de cannibalisation car deux langues aussi éloignés
avec une culture aussi différente, une vision du monde différente et donc un paradigme différent
ne peuvent s'associer. L'une prendra le pas sur l'autre indéniablement.

Le Sangö est une langue Centrafricaine, elle doit donc être développé avec un paradigme Centrafricain en utilisant la "racine" de la langue.

Citation:
Il y a un travail fait en amont par les personnes précitées par Monsieur Albert NAMFEI-KONE qui
mérite une meilleure appréciation. Ce travail a permis la définition d'un alphabet (Centrafricain)
et la parution du dictionnaire Sangö.

Cependant, lorsqu'on parcourt ce dictionnaire, on constate que l'alphabet utilisé est « calqué »
sur les 26 lettres de l'alphabet Français, à la différence qu'il existe beaucoup de ponctuations
sur les mots en Sangö. Ces ponctuations utilisées pour distinguer les homonymes (les mots qui
s'écrivent et/ou se prononcent de la même façon mais qui ont un SENS DIFFERENT) ou pour certains mots lorsqu'ils sont employés en tant que nom, verbe ou adjectif (ou adverbes) ne rendent pas le Sangö pratique dans son ECRITURE.

Votre argument nous permet d'ouvrir un second volet tout aussi important. Une langue ne peut subsister qu'à la condition qu'il y est un support... un écrit qui puisse la retranscrire comme il se doit.
Précédemment, je vous ais interpellé sur le développement du Sangö avec le français (sic!). Ici,
c'est la même chose. La racine du Sangö n'étant pas gréco-latine on ne devrait pas utiliser un
alphabet gréco-latin en tant que support du Sangö. Je pense sincèrement qu'il serait tant que l'on
se prenne en main pour adopter très sérieusement notre vision des choses avec notre propre paradigme.

Peut-être est-il nécessaire pour cela d'adopter notre propre graphie qui représente fidèlement les sons et phonèmes du Sangö. Dans tous les cas "calquer" le Sangö sur une langue gréco-latine est une grave erreur aussi bien au niveau du langage qu'au niveau du support.

Pour conclure ce volet je dirais que les solutions portant sur la langue et sur l'écrit du Sangö
existe, il suffit d'exploiter ces solutions.

Citation:

Je pense pour ma part que, outre le travail effectué en amont par les personnes précitées par Monsieur Albert NAMFEI-KONE, le Sangö doit s'enrichir encore. De ce fait, il faut redéfinir cette langue :
- reste-elle le dialecte d'une ethnie (Insuffisance de Mots)
- doit-on lui donner une autre dimension de Langue Nationale en intégrant certains mots qui
viennent des autres dialectes pour compléter le vocabulaire?
- quel travail reste à peaufiner dans son Ecriture pour la rendre plus explicite.

Personnellement, je serais pour lui donner une dimension de langue nationale mais pas en intégrant certains mots mais en développant le Sangö avec sa langue mère. Concernant, son écrit il serait pour ma part plus évident d'utiliser un autre système de graphie.

Citation:

Un autre sujet m'interpelle, celui de savoir par quel moyen promouvoir le Sangö. Les avis seront
multiples et partagés. Le cas du Français parlé en Centrafrique devient un exemple précis. Cette
Langue ne s'est pas développée grâce à plusieurs Centres Culturels (il y en a qu'un depuis le temps : le Centre Culturel Français devenu l'Alliance Française)

Son expansion est due à sa pratique à l'école, puisqu'en définition, l'école est obligatoire et tout
le monde passe par là.

Nous sommes d'accord pour dire que la langue d'un état occupe trois fonctions :
- Culture : Véhicule l'histoire d'un peuple
- Communication : Permettre la communication entre les personnes ainsi que, l'instruction et
l'information
- Institution : Mécanisme permettant d'assurer la pérennité de la langue (média, livre, ...)

Il est important d'assurer ces trois niveaux si l'on ne veut pas voir disparaître le Sangö. Le plus
important des trois niveaux et on le voit actuellement avec le français en Centrafrique est le niveau
institutionnel.

Voici un lien sur l'origine de la langue française qui peuvent donner des idées sur la promotion du
Sangö: http://www.limsi.fr/Individu/habert/Cours/PX/ProprietesDesLangues01-02Polycopie/node10.html
Sur cette page on y voit un élément intéressant que je rangerais dans la catégorie institutionnelle:
"17é siècle : instauration d'une norme explicite et stricte. Création de l'Académie française (1635) avec pour mission : donner des règles certaines à notre langue, et ... la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences."

Pour conclure, je citerai Jacqueline Ki-Zerbo: "Lorsque l'on dort sur un matelas d'un autre c'est comme-ci que l'on dormait par terre". Utiliser le langage d'un autre, la culture d'un autre, la vision d'un autre ne nous permet pas de penser par nous même et donc ne nous permet pas de nous développer. Sans un développement individuel, la nation ne se développera pas.

Salutation,

Francis Kopaye (25/11/2008) : Cher Thomas,

Pardon de vous dire que la conclusion de votre intervention me laisse béat. Le sujet proposé par le compatriote Délano n'a rien à voir avec un quelconque assouvissement du peuple centrafricain, du moins de ce que j'ai compris. Il s'agit, selon le sujet, de la place qu'occupent ces deux langues dans le quotidien du centrafricain.

Comme je l'ai souligné dans une précédente intervention, l'ancrage du Français dans nos us et coutumes n'est ni à démontrer ni à dénoncer. Les exemples de Brice GODDOT illustrent parfaitement cet état de chose. Il ne s'agira pas pour le peuple centrafricain d'aller en guerre contre le Français. Je pense pour ma part qu'il serait nécessaire d'opter pour une cohabitation, de manière équitable, de ces deux langues. Je suis d'accord que le Français a surplombé le Sango, dans le domaine administratif en particulier. Mais cela pour plusieurs raisons, entre autres, le système éducatif qui dispense l'essentiel de son programme en Français. De la maternelle à l'université, depuis que le premier occidental a posé les pieds sur notre Terre, nous pensons et nous nous exprimons la plupart de temps dans sa langue ; nous apprenons à manger à table en utilisant des couverts ; nous ne portons plus des cache-sexes mais plutôt des costumes taillés sur mesure etc.
Revenir sur cette situation serait une révolution mais pas dans le sens positif du terme. Quand je parlais des défis modernes, de la globalisation et de la mondialisation, je ne sous-entendais pas l'idée que le Français était plus moderne mais je faisais allusion à la nécessité de comprendre et de nous faire comprendre, dans une langue complète et structurée, sur le marché mondial par exemple. L'importance d'une langue ne se traduit pas par le fait que ses usagers la vénèrent, elle se traduit plutôt par le nombre de ceux qui la pratiquent et la fréquence de son usage dans les échanges multilatéraux. Je suis pour que le Sango soit considéré comme un patrimoine public centrafricain. Mais je suis également pour que nos enfants continuent à apprendre, de manière objective et conséquente, le Français. C'est un outil qui leur ouvrira, j'en suis convaincu, les portes des grandes universités ; c'est aussi un outil qui permettra à nos entreprises de négocier sur les marchés, à nos jeunes de naviguer sur le net etc.

Ne cherchons pas à semer la confusion dans l'esprit de nos concitoyens. Je suis fier, et je pense que vous aussi, de parler Sango à mes enfants qui sont français et de pouvoir m'exprimer en Français sans complexe devant mes collègues de bureau ou dans une administration lors que j'effectue mes démarches. Je travaille dans le domaine de l'emploi et puis vous assurer de la difficulté qu'ont certaines personnes d'origine africaine à trouver du travail compte tenu de leur non maîtrise de la langue, ce qui n'est pas le cas des Centrafricains de France, Belgique, Suisse etc. !!!! L'utilisation du Français serait donc source de sous développement individuel? Faille-t-il encore définir la notion du développement individuel.

La véritable question n'est-elle pas de savoir comment rendre l'utilisation du Sango plus appropriée et plus équitable, en rapport avec le besoin de chacun et en fonction du contexte ? A cet effet, au début de ce débat, j'ai fait un ensemble de propositions qui ont été argumentées et complétées par d'autres compatriotes.

Je reste profondément convaincu que la question aujourd'hui est celle de savoir comment promouvoir le Sango sans renier le Français. Car nous devons nous approprier les diversités culturelles qui s'offrent à nous sans oublier la nôtre. Le monde avance et malgré les kilomètres qui séparent nos concitoyens de la culture occidentale, leur développement et leur culture sont en prise avec l'Occident (Internet, Musique, Cinéma, Jeux vidéo, la Mode.). Alors que faire ? Ouvrons donc les frontières psychologiques, culturelles et linguistiques. Intégrons d'autres langues (Chinois, Espagnol, Portugais, Arabe.) en ayant le Sango comme patrimoine linguistique, ciment de notre unité donc de notre nation.

En définitive, la meilleure façon de valoriser une richesse c'est de ne jamais la comparer, me semble-t-il.

Patriotiquement

Thomas xxx (25/11/2008) : Bonjour Francis Kopaye,

Merci de votre réponse. Cela m'a permis de bien comprendre votre position et surtout pourquoi vous la soutenez.

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Pardon de vous dire que la conclusion de votre intervention me laisse béat. Le sujet proposé par
le compatriote Délano n'a rien à voir avec un quelconque assouvissement du peuple centrafricain,
du moins de ce que j'ai compris. Il s'agit, selon le sujet, de la place qu'occupent ces deux langues
dans le quotidien du centrafricain.
--

Cela mérite une petite explication. Je pars du principe que la langue française a été imposée et que
nous l'avons laissé s'étendre pour que finalement on arrive à la francisation du sangö. Ce qui a pour conséquence de faire accepter dans les esprits le bien fondé du français. Donc, je pense qu'à ce stade on peut parler d'assouvissement.

--
Comme je l'ai souligné dans une précédente intervention, l'ancrage du Français dans nos us et coutumes n'est ni à démontrer ni à dénoncer. Les exemples de Brice GODDOT illustrent parfaitement cet état de chose. Il ne s'agira pas pour le peuple centrafricain d'aller en guerre contre le Français. Je pense pour ma part qu'il serait nécessaire d'opter pour une cohabitation, de manière équitable, de ces deux langues. Je suis d'accord que le Français a surplombé le Sango, dans le domaine administratif en particulier.
--

Nous vous inquiétez pas j'ai très bien compris l'article et vos interventions. Cependant, là ou nous avons un point de désaccord c'est à propos de la cohabitation du français avec le Sangö avec comme prétexte la diffusion et l'utilité de cette langue.

Il est vrai que dans les administrations le français a fait ces preuves. Mais cet état de fait définit
une vision française de l'administration. Affirmer que l'on devrait garder le français pour ce type de
raison (concernant l'administration ou autre) n'est pas un argument solide car une langue se développe continuellement alors pourquoi francisé au risque de cannibalisé le Sangö si on peut développer notre langue nationale et l'utiliser à tous les niveaux de notre société ?

--
Revenir sur cette situation serait une révolution mais pas dans le sens positif du terme.
--

Je ne saurais dire. Pour le moment je ne trouve pas l'enchaînement logique qui pourrait mener à une révolution négative dans le cas de l'abandon du français.

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Quand je parlais des défis modernes, de la globalisation et de la mondialisation, je ne sous-entendais pas l'idée que le Français était plus moderne mais je faisais allusion à la nécessité de comprendre et de nous faire comprendre, dans une langue complète et structurée, sur le marché mondial par exemple.
--

Très bien. Cependant, lorsque nous regardons à l'extérieur nous constatons les choses suivantes:
- L'indien parle indien
- Le chinois parle chinois
- Le français parle français
- L'américain parle américain
- L'anglais parle anglais
- L'allemand parle allemand
- Le russe parle russe
- Le saoudien parle arabe
- Le japonais parle japonais

Bien entendu pour les pays précédemment cités il y a souvent un bilinguisme mais dans leurs pays respectifs c'est leur propre langue qui domine. Étendre le Sangö sans le français ne veut dire que le marché mondial nous sera fermé, au contraire.

--
L'importance d'une langue ne se traduit pas par le fait que ses usagers la vénèrent, elle se traduit
plutôt par le nombre de ceux qui la pratiquent et la fréquence de son usage dans les échanges
multilatéraux.
--

Je ne vénère pas le Sangö mais pour moi une langue est le vecteur qui porte une culture et donc une identité. L'identité forge le peuple et le peuple forge une nation. Je pense que si le Sangö
disparaît le Centrafricain disparaîtra en tout cas le Centrafricain que nous connaissons aujourd'hui
et que nous avons connu d'antan.

--
Mais je suis également pour que nos enfants continuent à apprendre, de manière objective et conséquente, le Français. C'est un outil qui leur ouvrira, j'en suis convaincu, les portes des grandes universités ; c'est aussi un outil qui permettra à nos entreprises de négocier sur les marchés, à nos jeunes de naviguer sur le net etc.
--

Pourquoi pas ! Je suis partiellement d'accord. Aujourd'hui les grandes universités sont anglophones donc je serai pour que l'on enseigne l'anglais comme cela se fait partout ailleurs. Cependant, je vais encore insister là-dessus mais la langue du pays devrait être centrafricaine et dans tous les domaines.

--
Ne cherchons pas à semer la confusion dans l'esprit de nos concitoyens. Je suis fier, et je pense que vous aussi, de parler Sango à mes enfants qui sont français et de pouvoir m'exprimer en Français sans complexe devant mes collègues de bureau ou dans une administration lors que j'effectue mes démarches.
Je travaille dans le domaine de l'emploi et puis vous assurer de la difficulté qu'ont certaines personnes d'origine africaine à trouver du travail compte tenu de leur non maîtrise de la langue, ce qui n'est pas le cas des Centrafricains de France, Belgique, Suisse etc. !!!! L'utilisation du Français serait donc source de sous développement individuel? Faille-t-il encore définir la notion du développement individuel.
--

Disons que ce n'est pas la langue française en tant que tel qui me gène mais plutôt le "cannibalisme" que subit le Sangö. Vous l'aurez compris je suis pas pour un français-Sangö ou tout autre langue. Mon point de vue est de développer le centrafricain avec sa force et sa culture centrafricaine. Les pays développés continuent de faire évoluer leurs cultures afin d'acquérir un socle commun et une base forte. Cela, est très important pour le développement d'un peuple.

Ce qui m'inquiète c'est qu'il y a beaucoup d'acquiescement face à ce que l'on nous impose. Nous ne décidons même plus par nous-même. Si le français a été imposé c'est pour les intérêts de la France et non pour nos intérêts. Bien entendu le français n'est pas source de sous-développement mais la fin d'une langue signifie la fin d'une identité et donc la fin d'une culture. Je pense très sincèrement que la francophonie tout comme le commonwealth sont des institutions créées pour ensuite mieux nous manipuler.
La Centrafrique ou plus généralement l'Afrique connait cela depuis des siècles et cela continue.

--
La véritable question n'est-elle pas de savoir comment rendre l'utilisation du Sango plus appropriée et plus équitable, en rapport avec le besoin de chacun et en fonction du contexte ?
--

C'est une bonne question et je pense que beaucoup de linguistes ont la réponse. Cependant, je ne pense pas que le salut du Sangö se trouve dans le français ou tout autre langue. Pourquoi est-ce que pour nous centrafricain la vérité doit nécessairement sonner blanche ?

Utilisons nos acquis et développons-les. Notre langue peut évoluer avec notre point de vue et notre vision sur le monde. Il n'est pas nécessaire d'utiliser la langue d'un autre.

--
Je reste profondément convaincu que la question aujourd'hui est celle de savoir comment promouvoir le Sango sans renier le Français. Car nous devons nous approprier les diversités culturelles qui s'offrent à nous sans oublier la nôtre. Le monde avance et malgré les kilomètres qui séparent nos concitoyens de la culture occidentale, leur développement et leur culture sont en prise avec l'Occident (Internet, Musique, Cinéma, Jeux vidéo, la Mode.). Alors que faire ? Ouvrons donc les frontières psychologiques, culturelles et linguistiques. Intégrons d'autres langues (Chinois, Espagnol, Portugais, Arabe.) en ayant le Sango comme patrimoine linguistique, ciment de notre unité donc de notre nation.
--

Je suis en total désaccord. L'universalité n'est pas de mettre en haut de la pyramide une culture et ensuite de laisser les autres derrières. L'universalité c'est d'associer la somme de toutes les cultures et de les mettre en haut de la pyramide.
Le français s'impose en Centrafrique pour laisse le Sangö derrière. De ce fait, le Sangö a raté le train de l'industrialisation pour ensuite devenir une langue incomplète. Ce que je constate c'est que nous sommes en train de réitérer la même erreur et cela est trés inquiétant. De plus, si on "intègre" d'autres langues le Sangö ne sera plus le ciment de notre unité mais la toile qui a n'importe quelle moment risque de se déchirer. Cela s'explique facilement car lorsque l'on "intégre" une langue on "intègre" sa culture. Lorsque plusieurs cultures différentes cohabitent dans une même nation il y a conflit. D'ailleurs, on ne peut plus considérer la dite nation comme une nation car le socle commun (la culture et son vecteur la langue) n'existe plus.

--
En définitive, la meilleure façon de valoriser une richesse c'est de ne jamais la comparer, me semble-t-il.
--

Je fais pas de comparaison avec le Sangö. Et pour ma part la meilleure façon de valoriser une richesse et de la nourrir donc l'enrichir. Il faut donc se poser la question suivante:
- Comment peut-on nourrir notre langue ?


Salutation,

Francis Kopaye (26/11/2008) : Cher Thomas,

J'aimerais juste préciser que mes réponses n'ont pas pour objectif de vous convaincre. Je veux juste par mes réactions apporter des éléments qui nous permettront de comprendre les enjeux.

S'approprier un outil ou tout autre chose, ne signifie aucunement abandonner ses acquis, bien au contraire. Il revient à nous centrafricaines et centrafricains de promouvoir notre langue. Le Sango est notre patrimoine culturel et, à ce titre, comme tout patrimoine, il revient à ses usagers de l'entretenir. Nous avions ça et là proposé des pistes afin de pallier à la recrudescence du Sango, d'ailleurs je ne suis pas sûr qu'on puisse parler d'une recrudescence. Le Sango est et sera toujours parlé aux quatre coins de notre Centrafrique. Maintenant de ce qui est de son importance dans nos pratiques, une fois de plus, c'est au gouvernement d'initier une réelle politique en faveur de la promotion et de la valorisation de cette langue. Tout simplement la mise en musique des préconisations faites par les études effectuées dans ce sens, et l'application effective de la Loi de 1984.

Sur l'échelle des valeurs, je ne me permettrais pas d'établir une pyramide, car toutes les cultures se valent. Aucune aliénation du peuple centrafricain ne saurait trouver échos dans mon imagination. Il s'agit d'être au rendez-vous de l'universalité, de la modernité et surtout de la compétitivité.
Je persiste et je signe, le Sango est et restera le ciment de notre nation, la charnière de notre unité. Tous nos enfants parlent d'abord Sango avant de commencer à apprendre d'autres langues. Alors soyons moins pessimistes et plus réalistes.

Le véritable défi aujourd'hui est d'hisser notre pays parmi les grands et le peuple centrafricain s'en trouvera grandi et épanoui. C'est cela, à mon sens, l'idée d'une grande nation une et indivisible. Le reste n'est que pure spéculation.

Patriotiquement

Delano Juvénal Madenga-Lougbia (27/11/2008) : M. KOPAYE,
En martelant plusieurs fois le mot « culture », il convient de faire le distinguo entre la culture française et la culture centrafricaine :
La culture française est en déphasage et diamétralement opposée à la nôtre : La nôtre est fondée sur les principes de la solidarité, de la famille, de l'amour et du respect tandis que la culture française est basée sur les mérites du chacun pour soi (je ne me limiterai qu'à cela pour ne pas enflammer la conscience des jeunes lecteurs)
C'est pourquoi, je formule tous mes voeux pour que cette intrusion de la langue française en Terre centrafricaine ne se limite qu'à l'aspect linguistique donc à la culture dite « francophone » (terme évoqué par le S.G de la Francophonie ABDOU DIOUF, vendredi dernier sur France 24, émission « le TALK DE PARIS ») mais qu'elle ne contamine pas notre propre culture, celle qui caractérise nos mours et nous permet de nous reconnaître , de jour comme de nuit, dans le malheur comme dans le bonheur, comme Centrafricains.

Aussi, vous affirmez ceci : « Je travaille dans le domaine de l'emploi et puis vous assurer de la difficulté qu'ont certaines personnes d'origine africaine à trouver du travail compte tenu de leur non maîtrise de la langue, ce qui n'est pas le cas des Centrafricains de France, Belgique, Suisse etc. !!!! L'utilisation du Français serait donc source de sous développement individuel? Faille-t-il encore définir la notion du développement individuel. »
Ces Africains sont venus dans votre service parce qu'ils ont été poussés indirectement par la politique étrangère de la France (en Afrique) dont vous vantez les mérites, laissant familles, enfants et autres luxes ou biens irremplaçables pour rechercher un équilibre vital. Bien sûr qu'ils sont soumis à l'obligation de « rendu de monnaie » ici l'apprentissage de la langue française mais cela n'est pas le véritable frein à leur insertion. Nous constatons aussi que des Africains francophones issus de l'immigration, parfois diplômés de grandes universités, peinent à s'intégrer professionnellement. Que vous soyez convaincu ou non, dans le contexte professionnel que vous évoquez, en France, le caractère francophone d'un Africain est relégué au second plan. L'obtention du sacro-saint visa de France, de la carte de séjours, de la nationalité française, du travail ne sont pas forcément conditionnées à la maîtrise du français.
Pensez-vous que votre réussite socioprofessionnelle en hexagone est due totalement à votre culture francophone ? Propager une telle affirmation est contrefaire la vérité, une escroquerie intellectuelle, une insulte envers ces Africains qui soufrent d'insertion professionnelle en France globalement à cause de la couleur de leur peau.
Mes salutations

Thomas xxx (27/11/2008) : Cher Francis,

Je suis désolé pour les formulations de style, je n'y prête pas toujours attention. Je peut paraître pessimisme, excessif ou peut-être agressif mais ce n'est absolument pas intentionnel. Je me relis souvent pour éviter ce genre de malentendus. Lorsque je suis dans la réflexion j'oublie souvent de faire attention à la formulation.

Cependant, j'ai bien compris dans ce débat que vous confrontiez votre point de vue. Je n'essayais pas non plus de convaincre mais plutôt de faire comprendre certains enjeux. Il n'y a pas de mal à ne pas être d'accord tant que l'on peut argumenter en toute honnêteté intellectuelle.

Disons que pour résumer tout cela, je pense que le Sangö peut se développer pour atteindre le niveau des autres langues dites "modernes". Mais je ne suis pas sûr que le Sangö puisse s'associer à une langue aussi différente que le français. Il s'agit de deux langues qui n'ont pas la même famille donc je pense que l'une prendra le pas sur l'autre. Je pense également que c'est la même chose pour n'importe quelle autre langue d'une famille différente.

Sinon, je vous rejoins sur tout le reste et je pense aussi comme vous l'avez bien affirmé que le problème est politique.

Salutation,

 

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