L'arbre à palabre
Tribune de réflexion

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Centrafrique : que joue la France ?
par Axel Kissanga
(22 novembre 2013)

 

La France depuis l’éclatement de cette crise en Décembre 2012, a fait savoir sa position : elle n’interviendra pas en Centrafrique comme elle a fait au Mali. Sa présence à travers ses troupes stationnées dans le pays est juste pour protéger « ses ressortissants et ses intérêts ». Qu’importe donc ce qui arrive à ce pays et ses habitants, surtout les intérêts de la « mère France » valent plus que le sang des indigènes et nègres Centrafricains qui coulent à flot.

Il ya plus de huit mois, jour pour jour, la SELEKA sème la désolation : pas une seule contrée ni hameau épargnés d’exactions dignes de razzias du XIX° siècle commis sous le nez de la France dont les militaires accompagnent indifférents les convois d’hydrocarbures de la TOTAL ou de grumes à Bangui au milieu des « laissés pour compte ». Ce qui choque davantage, ce sont les semblants de pressions que la France démontre exercer sur le régime sanguinaire de DJOTODIA et ses acolytes.

Aujourd’hui avec la montée en ton et en acte des Etats-Unis de Barak OBAMA qui emboitent les pas à la France (colonisatrice) de HOLLANDE dans la résolution de la crise Centrafricaine, on voit celle-ci se précipiter de mettre un pied sur l’accélérateur mais juste pour rester au devant de la scène. Cela peut être appelé « un comportement de faciès». En effet, après la déclaration des Etats-Unis qualifiant la situation en Centrafrique de « pré-génocide » et accordant une enveloppe de 40 millions de Dollar pour le déploiement urgent de la MISCA, la France s’agite en dépêchant ses émissaires auprès des pays de la CEMAC pour une intervention « militaire » rapide à partir déjà des troupes présentes sur place. Alors, en tant que citoyens meurtris de ce pays, nous sommes en droit de nous interroger sur le vrai jeu de la France.

La France veut faire du « copier-coller » de sa résolution de la crise Ivoirienne en Centrafrique. C\'est-à-dire utiliser la bannière Onusienne pour régler la crise à sa manière en y impliquant les forces de son vouloir. Cela se justifie par son acharnement à pointer sur DEBY(le Tchad) pour continuer à contrôler la situation. Nul n’ignore que cette crise a démarré à la veille de l’arrivée d’Idriss DEBY ITNO à la présidence de la CEEAC et celui-ci a utilisé le couvert de cette institution pour orchestrer le changement à Bangui et avoir une main mise sur la Centrafrique. Rien ne se passe sous les cieux de Centrafrique sans que la France et le Tchad aient quelque influence positive ou négative. Le spectacle auquel se livre encore la SELEKA plus de huit mois après son arrivée au pouvoir traduit bien que ces deux pays (la France et le Tchad) ont un dessein sur la République Centrafricaine. Celui de l’islamiser au profit de leurs intérêts.

Les agissements de la France à l’égard de la Centrafrique sont une conséquence logique de quelques affronts essuyés par le passé outre que le territoire Oubanguien, comme machiavéliquement planifié, devait rester une réserve de la mère-patrie. Seuls trois faits historiques suffisent pour éclairer notre lanterne :

1. Barthelemy BOGANDA (l’homme politique le plus prestigieux de toute l’Afrique Centrale, de son époque selon Pierre KALCK) avait défié la France avant le temps par sa clairvoyance, sa franchise et son charisme. Il a payé comme Jésus Christ…
2. Jean Bedel BOKASSA (le soudard éveillé) a berné un président Français au point de rompre avec la tradition et organiser son premier voyage officiel en Centrafrique. Par la suite, il s’est couronné « Empereur » avec la bénédiction de la France.
3. Ange Félix PATASSE a favorisé le retrait des troupes Françaises d’EFAO de son territoire.

Tout cela, en effet, est considéré par la France comme opprobre infligée par un « si petit pays » qui, en réalité, est géographiquement plus grand que l’hexagone.

La Centrafrique, au dire de la France, est têtue et ne veut pas obtempérer. D’où un traitement sadique particulier pour casser sa nuque. L’instrument de cette sévère correction c’est le Tchad d’Idriss DEBY.

Le Tchad est, à bien voir, plus soucieux et zélé à la cause Centrafricaine que tous les autres pays de la région pour ne pas dire de la planète. Cela est un arbre qui cache la foret. C’est le Tchad qui organise tous les sommets, qui dicte les lignes et conduites à tenir, qui fournit le plus gros des contingents, qui dote en matériels de combat, qui impose ses pions dans la sphère politique…Allons-y comprendre.

Au départ DEBY se frottait les mains d’avoir réussi son stratagème : instauré un Etat islamique au cœur de l’Afrique. Une sorte de tentacule du Tchad où son « lait et miel » couleront dans son gosier. Utopie et encore utopie !

La RCA de nos ancêtres est une réalité métaphysique difficile à cerner et maitriser. Maintenant que les plans sont entrain d’échouer lamentablement les deux pays « protecteurs » de la Centrafrique jouent à la défensive(Tchad) et à l’attaque(France) avec l’interventionnisme(en prélude) Américain.

La France joue au cache-cache. Sachant le mandat de DEBY proche de son terme à la CEEAC, la France force un passage et une place au conseil de sécurité de l’ONU au pauvre Tchad en « vertu » du rôle joué au Mali. Quelle fourberie!

Tout est planifié par la France de manière que la Centrafrique n’échappe pas des griffes de son « bourreau ». Jamais la CEEAC n’a été aussi active, au détriment de la CEMAC (plus connue et plus fonctionnelle) que dans la crise Centrafricaine. Et maintenant que DEBY ne disposera plus de la CEEAC pour continuer à influencer, il faut bien lui créer une autre possibilité. La mine d’or Centrafricaine s’effondre déjà sur les ressortissants Tchadiens et le dégât risque de s’étendre au grand territoire du nord. DEBY ne peut que frissonner et appeler son mentor HOLLANDE à la rescousse.

Contrairement au Soudan(Darfour) dont les éléments appartenant à la SELEKA cherchent à se rétribuer en pillant les ressources naturelles, le Tchad va au-delà avec une visée de conquête cherchant vaille que vaille une domination militaire et politique avec la bénédiction de la France. Les inquiétudes du Tchad ne peuvent qu’aller grandissant si son mentor est relégué au deuxième ou troisième rang des acteurs dans la crise Centrafricaine car l’Afrique du Sud aura aussi son mot à dire.

Quant à la France, elle a tout intérêt à abandonner sa vieille politique en Centrafrique car ce pays n’est pas prêt à se soumettre à son influence à l’instar de ses pairs de l’espace Franco-subsaharien. La Centrafrique a besoin d’un partenariat « gagnant-gagnant » avec qui se respecte et la respecte. Au final, le sang de BOGANDA notre Christ nous libérera.

Les Centrafricains de la diaspora doivent agir et militer pour une implication large de l’ONU avec la participation des pays des espaces Anglophone et Lusophone à la résolution de la crise en RCA. Militons pour que le Tchad soit carrément mis à l’écart car c’est lui le principal déstabilisateur. 

 

Réactions à cette tribune

Léon Kidjimalé Grant (24/11/2013) : La décision d'intervention exige plusieurs paramètres, Axel.
La France n'est plus le mastodonte extraordinairement puissant que les Africains croient. M. Edgar Pisani a dit ceci ; «  la France est un pays moyen, qui a le rayonnement culturel d'une superpuissance ». L'intervention au Mali a coûté très cher à une économie en crise. Mais elle a permis au Président François Hollande de redorer son blason. Les frais de logistique ont été pris en charge par l'Union européenne et les Nations-unies. Il faut en un mot, beaucoup d'argent pour intervenir militairement.
La France, ne veut pas se lancer seule en Centrafrique. Elle veut s'assurer du soutien de son opinion publique, car elle n'en a pas les moyens, tout simplement. Ne rêvons plus ! Il y a d'un côté les principes, et de l'autre côté la réalité et les coûts financiers ! Voilà à quoi joue la France...
Nous devons compter d'abord sur nous, c'est plus simple et plus courageux quelque soit le prix à payer ? Chaque pays a ses priorités, l'économie, le chômage, l'opinion en fait partie ???

Kotoko Sembona (25/11/2013) : Je voudrais ajouter à ce que vous avez dit plus haut par rapport aux motifs de la France de faire effectuer ce changement de pouvoir par Seleka : la France de Sarkozy et de Hollande n'a jamais toléré que le président Bozizé ait accordé l'exploration du pétrole centrafricain aux chinois et aux sud-africains. Voila la raison pour laquelle , la France a jugé bon de précipiter le renversement de Bozizé. Certaines personnes ont malheureusement cru que la France ne supportait Bozizé pour avoir violé des droits de l'homme. Or cette même France ferme l'œil sur les crimes de Deby au Tchad. Et que dit-elle du Congo? Qui n'a pas abusé des droits de l'homme dans la sous région?

Gervais Kondo - (25/11/2013) : D'accord avec Axel et Kotoko. La France voit d'un mauvais œil l'offensive sud africaine dans la région. D'ailleurs elle a bloqué une résolution condamnant certains responsables de la Séléka, résolution soutenue par les sud africains. Mais aujourd'hui les donnes ont changé. Avec l'implication des Etats Unis qui semblent opter pour la ligne sud africaine, la France risque gros. John Kerry a bien signifié qu'il faille que les responsables de la SELEKA soit sanctionnés pour leurs crimes. Mais La France cherche à les disculper. Wait and see!

Ondo Ndong - (13/12/2013) : avant d introduire ma pensée n'oublions pas que c'est la conférence de Berlin (nov 1884-fev 1885) qui a fabriqué les pays comme Tchad Gabon Centrafrique Nigeria etc... nous sommes tous des BANTOU, KONGO, REMETOU, ZULU etc. et c'est comme ça que se déterminaient nos ancêtre avant l'arrivée du christianisme et de l'islam. CELA dit!!! l'occident et toutes ses officines ONU FMI OMS etc. n'aiderons jamais KEMET!! (Afrique)...nous devons utiliser notre propre vision ancestrale; en faire des théorèmes et l'introduire dans l'éducation pédagogique à l'échelle du continent c'est justement ça l'idéal de nos référents comme BOGANZA, GARVEY, ANTA DIOP, LUMUMBA, SHAKA ZULU, BEHANZIN, SANKARA, KIBANGUI, IMOTHEP... notre culture est riche la preuve leurs ancêtres ont acquis tout leur savoir à KEMET (Afrique) Platon Thales Pythagore (il a séjourné 22 ans) Socrate bref la liste est longue... des notions comme la philosophie mathématique chimie tout ce savoir ils ont reçu de nos ancêtres.... nous devons nous fédérer comme c'était avant avec l'empire MALI, KONGO, OUAGADOU (empire Ghana) créer une armée continentale créer notre monnaie ainsi nous serons d'égal à égal avec les mundelé!! mais surtout nous effacerons de nos cerveaux des termes comme tchadien; sénégalais; gabonais ou camerounais ce sont des anomalies introduites de force dans notre mental par le colon!!!

Jean Paul Passi - (13/12/2013) : Chers amis,
Arrêtons de pleurnicher et culpabiliser la France pour ceci et pour cela...nananana!! Ce discours de culpabiliser la France ne fonctionne plus. Nos frères d'Afrique (Sénégal, Niger, et bien d'autres) l'ont compris. Personne n'acceptera d'héberger son enfant jusqu'à 53 ans à moins que ca soit un attardé mental. Nous avons 53 ans. Nous sommes aujourd'hui à une ère de "responsabilisation" ou de "irresponsabilisation". C'est dire que nous ne sommes pas les seuls au monde à avoir du pétrole au monde ou quoi je ne sais. Non! J'hallucine.
Notre problème est clair. La politique centrafricaine est orpheline de Boganda. Depuis lors, tous les brigands et violeurs politiques se permettent n'importe quoi pour assouvir leur soif. "Chercher les poux sur le crâne d'un chauve" est le propre centrafricain. J'en ai honte et j'en souffre. Je souffre de cette démission de conscience.
Passi.

Axel Kissanga - (17/12/2013) : Chers amis et compatriotes,
Je vous remercie pour vos commentaires aussi divergents mais combien enrichissants à cette tribune.
Quand je l'ai publiée (le 22 Novembre), je n'avais aucun soupçon des évènements si importants à l'international que malheureux et tristes au niveau national qui se sont déroulés. Notamment le sommet France-Afrique, le mini sommet sur la Centrafrique, la mort de MANDELA, le pogrom de Bangui et le lancement en catastrophe de l'opération SANGARIS.
Je me réjouis de ce que certaines « vérités » de cette analyse aient suscité par télépathie ou je ne sais par quel moyen des discussions sur des thèmes qui font réellement l’objet des préoccupations de plusieurs individus sur les relations entre la France et l’Afrique. Ces préoccupations ont été au menu du sommet de Paris le 06 et 07 décembre dernier : la paix, la sécurité et l’économie en Afrique, quel type de partenariat développer avec la France ? Point n’est question d’y revenir car le monde entier est désormais mis au parfum de la nouvelle orientation dans la politique de la France à l’égard du continent noir. La France ne jouera plus le « gendarme » et entretiendra un partenariat « gagnant-gagnant » avec l’Afrique. Je voudrais bien en croire… mais attendons et voyons !
Dans le cas typiquement Centrafricain, accuser la France de quelque délit n’est pas chercher « les poux sur le crane d’un chauve » et ce ne pourrait être assimilé à une « démission de conscience ». La France a une responsabilité dans le retard de notre pays comme dans celui de ses ex-colonies en Afrique. Sinon, comment expliquer le triste sort des États Francophones comparés à leurs pairs Anglophones sur le même continent ? Pourquoi le Rwanda se retire-il aujourd’hui de l’espace Francophone ? A voir le Rwanda de KAGAME aujourd’hui, peut-on dire qu’il a tort de prendre ses distances de la France ? A mon avis : NON.
Toutefois, telle n’est pas et ne sera pas la position de la Centrafrique vis-à-vis de la France. D’autant que les deux pays sont liés par des liens historiques et voire culturels. Notre destin est, en quelque sorte, lié à celui de la France.
Ma tribune avait pour objectif de « provoquer » « un engagement non seulement fort mais aussi sincère » de la France pour rendre véritablement « libre » la Centrafrique qui, par le passé, a aussi contribué sans malignité aucune à la libération de la France. Que cette France fasse une démonstration de son « esprit égalitaire et fraternel ».
Aujourd’hui, je ne peux que joindre ma minable voix à celles de tous les Centrafricains pour saluer l’intervention « tardive » de la France en Centrafrique. Mais tout en gardant ma ligne : QUE LA France N’AGISSE PAS POUR GARDER LE DEVANT DE LA SCENE EN CONSIDERANT LA CENTRAFRIQUE COMME SON TERRAIN GARDE DE CHASSE. Les six cents (600) morts de ces derniers jours pouvaient être épargnés… Devait-on attiser les violences au point d’obtenir un « mandat de l’ONU pour une intervention urgente ? »
Chers compatriotes faisons beaucoup attention pour ne pas être « superficiels » dans nos considérations. Être instruit n’est pas synonyme d’être intelligent ni être sage. Il nous faut un minimum de profondeur dans nos regards. Chez nous (en Afrique), on dit : « il n’y a jamais de fumée sans feu ».
Que la sagesse nous guide!

Jean Paul Passi - (18/12/2013) : Cher Axel,
Encore une fois, je retrouve ce même discours colonial qu'ont tenu nos aînés au lendemain des indépendances. Il s'agit aujourd'hui de nous responsabiliser et cesser d'être manipulé. Vous citez des pays anglophones, mais certains pays francophones ont déjà pris leur destin en main et ne pleurnichent plus: le Sénégal, le Bénin, le Togo et pourquoi ne pas citer certains pays magrébins.
Le cas du Rwanda? J'ai vécu au Rwanda deux ans et son émergence n'émane pas de ce que vous avancez. Il y a deux facteurs qui ont favorisé son développement! 1°) la prise de conscience de sa diaspora qui a apporté beaucoup apporté à la reconstruction du pays après le génocide. 2°) Une gouvernance qui a systématiquement lutté contre la corruption (je vous assure qu'à tous les étages administratifs, il est difficile de corrompre pour un bout de papier). Chaque rwandais se voit responsabilisé. Cela n'a rien à voir avec prendre ou ne pas prendre une certaine distance avec la France. Si le Rwanda est aujourd'hui respecté, c'est parce que Kagamé a su inculquer à chaque rwandais le sens de responsabilisation "compter sur soi-même" au lieu de miser sur l'étranger.
Alors, mon gars, cessons de pointer les français. De toute façon, quand nous détournons l'argent du pays, nous les plaçons dans les banques françaises. Quand nous mettons le feu, nous nous réfugions chez eux. Quand on va pour étudier là-bas, au lieu de retourner aider notre pays, nous préférons rester là-bas pour faire autre chose (le docteur devient BTP, l'ingénieur devient agent de sécurité, etc...). C'est encore la France qui nous impose tout cela? Soyons sérieux et responsables. Là au moins, ce n'est plus question d'être instruit et ne pas être sage. C'est une question de prise de conscience. (Singuila)

Gervais Kondo - (18/12/2013) : Selon la France 7000 SELEKA sont déjà désarmés. Réalité ou manipulation? L'avenir nous le dira. wait and see !

 

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